2007-04-29

Bandol 1991

Bandol
Dessin de Renaud Bouret - 1991

À Bandol un viaduc, un solex, un tunnel
Inondé au printemps, tenant lieu de rempart
Deux cerises écrasées, un journal qui s'envole
Une plage étouffée par la route, emportée par la mer
Une poulpe effrayée, qui s'éloigne en crachant, le long de la jetée
Un quidam qui l'a vue en premier, et qui crie, et qui croit qu'elle est sienne.

2007-04-24

Du cowboy au menu

Menu bilingue d'un restaurant cantonais (image tirée du blog de Jon Rahoi)

Jon Rahoi collectionne les erreurs de traduction du chinois à l'anglais, comme Tian s'amuse à répertorier les caractères chinois erronés exhibés par les adeptes du tatouage. Ça fait marrer les uns et ça scandalise les autres.

On a bien sûr accusé Rahoi d'être un Américain paternaliste, colonialiste, FMIste, bref, un gars bien conforme au stéréotype officiel en vigueur chez les antiracistes bien-pensants. Mais il faut signaler à sa décharge qu'il parle japonais, cantonais et quelques autres langues orientales… et qu'il s'est marié avec une Chinoise et vit en Chine.

Partant du principe qu'un rire imbécile vaut cent fois mieux qu'une censure pleine de bonnes intentions, nous n'hésitons pas à éplucher un extrait du menu controversé rapporté par Rahoi lors de sa dernière visite dans un restaurant cantonais.

1. 本地牛扒 běndì niú pá : local + bœuf + braisé = bœuf braisé du pays
2. 羊仔肶 yáng zǎi pí : mouton + petit + panse = panse d'agneau
3. 牛仔肶 niú zǎi pí : bœuf + petit + panse = panse de veau (niúzǎi signifie aussi garçon vacher ou cowboy)
4. 牛仔扒 niú zǎi pá : veau braisé
5. 焗饭类 jú fàn lèi : vapeur + riz + sorte = riz à la vapeur
6. 西多士 xī duōshì : occidental + toast = pain perdu (duōshì représente la transcription phonétique de toast)
(Certains caractères apparaissent dans leur graphie traditionnelle sur le menu.)

Faut-il préciser que, dans les pays « civilisés », la plupart des menus sont rédigés pour être lus et non pour être compris?

2007-04-22

Le soldat Martines en Tunisie (2)

Nous reprenons le récit de la vie du soldat Martines pendant la campagne de Tunisie en 1943. Peu de jours après son débarquement (voir l'épisode précédent), Martines et ses collègues de l'armée italienne se retrouvent à Bou Arada, village de la région montagneuse de Zaghouan. C'est le jour de Pâques. Il fait donc, comme à chaque jour de Pâques en Tunisie, un soleil radieux. Mais l'offensive alliée se rapproche. Les soldats de l'escadron de Martines sont envoyés retirer les mines qu'ils avaient semées quelques semaines plus tôt dans un champ de blé.

2. Journée de Pâques dans le champ de mines

C'était une belle, une magnifique journée, ensoleillée, resplendissante. Nous avions une bonne distance à marcher pour arriver jusqu'au champ de mines. Le sous-lieutenant Imparata, qui était originaire de l'île d'Elbe, nous a dit : « Arrêtons-nous, les gars, et reposons-nous un peu. » Alors nous nous sommes arrêtés. Je dois préciser qu'un peu plus tôt, à peine trois jours après notre arrivée en Tunisie, deux soldats de notre compagnie, pendant qu'ils mangeaient leur ration, avaient été atteints par un projectile d'artillerie, et ils furent blessés tous les deux. L'un se nommait Tiradanni, et l'autre, je ne m'en souviens plus. Donc, le lieutenant nous dit : « Vous êtes au courant que ces deux soldats, Tiradanni et l'autre, ont été blessés puis rapatriés en Italie. Moi aussi, j'aurais bien désiré — et ça, ce sont des paroles qu'en qualité d'officier, il n'aurait jamais dû prononcer — j'aurais bien désiré retourner en Italie. Sur ces mots, nous sommes partis faire notre travail de la journée.

En arrivant au champ de mines, le sous-lieutenant Imparata s'est trompé. Il dit : « Les gars, restez ici et ne bougez pas, car il y a des mines par là. » Puis, il ajouta : « Toi, Berion — il y avait un caporal nommé Berion — viens avec moi et suis-moi. » Alors, le sous-lieutenant en tête, et le caporal Berion sur ses talons, ils firent quinze à vingt pas, et voilà déjà que le sous-lieutenant pose le pied sur une mine. La mine éclate. Le sous-lieutenant prend tous les éclats dans les deux jambes, parce qu'il avait marché en plein sur la mine. Et le sang coulait et coulait [gestes]. Le caporal qui le suivait, à une courte distance, a reçu les éclats dans les boyaux. Personne ne pouvait leur porter secours, parce qu'il n'y avait rien sur place, alors je ne fis ni une ni deux — car le lieutenant appelait sa mère « Mamma… Mamma… Mamma » — je lui fis : « Mon lieutenant — comme la compagnie nous donnait du citron, j'en avais avec moi — Mon lieutenant, moi j'ai du citron. Je suis Martinez, vous me reconnaissez? » « Oh, Martines, oui ». Et moi, je prends une tranche de citron et je la lui passe sur la bouche, pour lui donner un petit réconfort. Puis j'ai pris ma ceinture à munitions pour lui attacher les jambes, mais rien à faire, et le sous-lieutenant a rendu l'âme. Ceux de l'infirmerie avaient entendu l'explosion de la mine, alors ils ont envoyé une ambulance, mais quand elle est arrivée, c'était trop tard. Ils ont pris le sous-lieutenant et le caporal, les ont mis dans l'ambulance, et ils sont partis pour l'hôpital. Mais le sous-lieutenant est mort tout de suite. Pas le caporal. Le caporal, il est mort en arrivant à l'hôpital.

Et nous sommes restés dans cet endroit où nous devions ôter les mines. Puis, le lendemain, ils nous ont envoyé un sergent pour le déminage. Mais moi, je m'étais bien rendu compte que le sous-lieutenant s'était trompé. Plutôt que de pénétrer par l'endroit où nous avions commencé à poser les mines, il était entré par l'endroit où nous avions fini de les poser. Il était passé dans le mauvais sens. Parce que, quand nous posions les mines, on établissait une sorte de carte géographique. Sur le plan, on inscrit le point de séparation et le point de jonction. Les mines sont disposées en quinconce. Mais ce plan, ce n'est pas lui qui l'avait tracé, c'était quelqu'un d'autre, un soldat du génie. Donc, le sous-lieutenant est passé par ici [gestes], il ne se rendait pas compte de son erreur.

La mine était longue comme ça [comme le bras]. Quand on pose la mine, le détonateur n'est pas en position de tir. De la mine, il part trois fils, fins comme des cheveux, et d'une couleur telle qu'à peine posés, on ne les voit plus.

Avis : Si un membre de la famille désire connaître les derniers instants du sous-lieutenant Imparata, Monsieur Martines, qui en fut le témoin, est prêt à vous renseigner.

Donc, je me suis aperçu que le sous-lieutenant se trompait, mais je ne pouvais rien dire. Vous savez pourquoi? Parce qu'un soir, quand le moment de rejoindre le camp fut venu, le sous-lieutenant Imparata s'était trompé de route. Celui qui commandait l'escadron, c'était un caporal-chef nommé Marchetti. Ce caporal-chef s'est immobilisé et lui a dit : « Mon lieutenant, mais où est-ce que vous nous emmenez? Vous ne voyez pas que vous vous être trompé de chemin? Ça n'est pas la bonne route, ici. » Alors le sous-lieutenant lui répond : « Tais-toi, c'est moi qui commande, et tu dois te taire. » Alors le caporal-chef lui fait : « Moi je dois me taire? Très bien, puisque je dois me taire, ceux qui veulent venir avec moi, suivez-moi. Sinon, continuez votre chemin. Moi, je passe par là. Et les autres soldats, qu'ils me suivent s'ils le veulent. Parce que la bonne route, selon moi, c'est celle-là. Pas l'autre où vous nous conduisez ». Alors nous avons tous suivi le caporal-chef. En fait, la bonne route, c'était bien la sienne.

Je voulais donc dire que j'avais bien compris que le sous-lieutenant se trompait. Parce qu'il entrait par l'endroit où nous avions fini de poser les mines, plutôt que celui où nous avions fini de les poser. Et il ne s'en rendait pas compte. Puis, pendant longtemps, les choses me sont revenues à l'esprit, parce que j'y pensais tout le temps à ce sous-lieutenant Imparata et à son erreur fatale qui lui a coûté la vie, ainsi qu'au caporal Berion. J'y pensais, au fait que je sois sur les lieux quand il est tombé et qu'il a perdu la vie, que j'aurais pu prendre l'adresse de sa maison sur l'île d'Elbe afin d'écrire à sa famille : « Si vous voulez bien vous rendre chez moi, que je puisse vous renseigner sur l'incident. Vous dire qu'il est mort dans mes bras. Que je lui ai mis une petite tranche de citron dans la bouche, pour le soulager, pour le rafraîchir. Que j'ai bien essayé de lui attacher les jambes avec la ceinture à munitions, mais qu'il était trop tard, qu'il n'y avait plus rien à faire. » Et jusqu'à aujourd'hui [65 ans plus tard], ça m'a tracassé, moi qui aurais pu donner tous ces renseignements à la famille du lieutenant Imparata.

Propos recueillis et traduits de l'italien par Renaud Bouret

Voir la suite de cette entrevue

2007-04-18

Neige tardive, neige opportune

Une rue de Gatineau, le 16 avril 2007

On dit parfois que le printemps ne dure qu'un seul jour au Québec. C'est possible, puisque nous sommes le 18 avril, sous un soleil d'été, et que la photo montrée ici date... d'avant-hier.

瑞雪 ruìxuě neige opportune
雪花 xuěhuā flocon de neige
昭雪 zhāoxuě réhabiliter
雪茄 xuějiā cigare
雪铁龙 Xuětiělóng Citroën

En chinois, la neige est parfois opportune, le flocon est une fleur de neige, la personne réhabilitée redevient clair comme neige. Le caractère neige sert aussi à écrire les mots cigare et Citroën. Il s'agit d'une transcription purement phonétique, mais qui n'est pourtant pas laissée au hasard. Les trois caractères qui forment le mot Citroën pourraient aussi se lire : neige-acier-dragon. Ça, c'est de la bagnole!

2007-04-15

La maîtresse de maison et sa domestique

La maîtresse de maison et sa domestique. Le patron et l'employé. Le bâfreur et le serveur. Tous ces couples nous paraissent bien normaux, à cause du système monétaire qui pose un masque devant notre regard. Les supérieurs créent de l'emploi pour les subalternes, n'est-ce pas?

Le maître et son esclave. Le noble et le roturier. Le colonisateur et l'indigène. Le regard d'aujourd'hui expose l'iniquité de ces relations en pleine lumière : on condamne tout naturellement ces situations, on s'en indigne avec zèle. Sont-elles pourtant différentes des précédentes dans leur essence?

Faisons parler la maîtresse de maison et sa domestique, selon leur style habituel :
— Marie, regardez ces chemises. Vous appelez ça du repassage? Tâchez de faire attention la prochaine fois. Vous vous relâchez ma chère.
— Si Madame se rappelle, c'est elle qui m'a demandé de ne pas toucher au linge et de m'occuper d'abord de la vaisselle. Mais ne vous inquiétez pas, j'y vais tout de suite.

Renversons les positions et reprenons le même dialogue :
— Je m'excuse Marie mais est-ce que vous pourriez jeter un coup d'œil aux chemises? Je crois qu'on pourrait donner un petit coup de fer supplémentaire.
— Mais enfin Madame, soyez un peu plus conséquente avec vous-même. Vous m'avez dit de ne pas toucher au linge avant d'avoir terminé la vaisselle. Il faudrait savoir ce que vous voulez.

2007-04-11

Les Martiens nous observent

La fortune du Huguenot

Des Dieux ou des Martiens, avec leurs lorgnettes, pourraient s'étonner du spectacle des hommes. Debouts avant l'aube. Assis dans des boîtes de métal à la queue leu leu sur une autoroute polluée. Certains h. s. (homini sapientes) passent la journée à accomplir des tâches inutiles, d'autres se font persécuter par des petits caporaux ou des collègues mesquins. Il y a ceux qui ne font rien, mais dont la journée entière est préprogrammée.

Et si on expliquait le phénomène aux Martiens? C'est pourtant simple : on se lève tôt pour éviter les embouteillages. La route est bloquée parce que tout le monde se dépêche de partir au travail. Pourquoi travailler? Pour gagner de l'argent, dame, quelle question! Qu'est-ce que l'argent? C'est ce qui permet de tout faire. Sans lui on n'est rien.

« L'argent est la chaîne qui libère l'homme. » (Bái Lìdé)

2007-04-06

Le mode impératif en chinois

Suite à notre article sur la traduction en chinois du mot français bien, on nous demande de parler de l'impératif. Comme les verbes chinois sont invariables, la traduction de l'impératif peut sembler délicate. Nous en donnons quelques exemples commentés ci-dessous.

Au fait, est-il toujours approprié de parler, par exemple, de « traduction du français au chinois »? Lorsqu'un Français ou un Chinois ont un même message à transmettre, ne commencent-ils pas par « traduire » leur pensée dans leur propre langue. Le tout est, pour le traducteur, de retrouver la pensée originelle. Évidemment, chaque langue propose ses propres outils pour résoudre ce problème de la production du message. Et cela va parfois jusqu'à déteindre sur la vision du monde de ses locuteurs.

你出去! Nǐ chūqù!
Sors!
Le ton peut suffire à indiquer l'impératif.

别走了! Bié zǒu le!
Ne partez pas!
La personne est sous-entendue si le contexte est clair, à moins de vouloir insister.

走吧! Zǒu ba!
Allons-y!
La particule ba est souvent associée à l'impératif, mais elle traduit parfois d'autres modes.

你还有一点儿时间吧! Nǐ hái yǒu yìdiǎnr shíjiān ba!
Vous avez bien une minute!
Ici, ba n'exprime pas directement l'impératif, mais signale que l'interlocuteur a le pouvoir d'accepter ce qu'on lui demande.

慢慢吃! Mànmān chī!
Mangez! Mangez!
L'impératif n'est pas l'apanage des petits caporaux. Il se marie aisément avec la courtoisie.

我们不要这样做。 Wǒmen bú yào zhèyang zuò.
Ne faisons pas comme ça.
L'impératif négatif est souvent exprimé à l'aide de bié ou de bú yào.

请不要忘记。 Qǐng bú yào wàngjì.
N'oubliez pas.
L'impératif est souvent introduit par qǐng.

请你不要说了! Qǐng nǐ bú yào shuō le!
Taisez-vous, s'il vous plaît!
Lorsqu'on demande à quelqu'un d'arrêter de faire quelque chose, on utilise souvent une phrase négative se terminant par la particule le.

请打开门。 Qǐng dǎkāi mén.
Ouvrez donc la porte.
L'impératif n'est pas nécessairement suivi d'un point d'exclamation.

Les traductions présentées ici ne sont qu'une des multiples versions possibles. Tout dépend du contexte.

Vocabulaire

1. tu, toi
2. 出去 chū//qù sortir
3. bié / biè quitter, séparer, ne pas, autre / (difficile)
4. zǒu partir, s'en aller, itinéraire, (clé 156)
5. liǎo / le finir, être capable / [particule de l'accompli]
6. bā / ba clac! / [en fin de phrase suggestion, supposition]
7. 慢慢 mànmān peu à peu, doucement, prenez votre temps
8. chī manger, absorber, anéantir, subir
9. 我们 wǒmen nous
10. 不要 búyào ne pas, il ne faut pas
11. 这样 zhèyang ainsi, comme cela, si
12. zuò fabriquer, faire
13. qǐng inviter, prier
14. shuō parler
15. 忘记 wàngjì oublier, omettre
16. 打开 dǎkāi ouvrir, débloquer (une situation)
17. mén porte, voie, moyen, classe, [canon, métiers, cours], (clé 169)

2007-04-04

Elle part bien demain?

Le texte qui suit s'adresse à tous les amateurs de langues, y compris ceux qui ont une connaissance très limitée du chinois.

Certains mots très courants d'une langue (par exemple  bien, encore, mais, alors, aussi, etc.) se révèlent parfois difficiles à traduire dans une autre langue. Les dictionnaires, grammaires et manuels de stylistique comparée ne manquent pas de fournir de longues listes d'exemples, classés par thème, mais cette approche reste descriptive et non explicative. Ainsi, l'excellent manuel Mots chinois, mots français (Poizat-Xie, Zufferey) propose différentes façons de traduire le mot français « bien » lorsque celui-ci exprime l'affirmation, la confirmation, le renforcement, la concession, la restriction, l'atténuation, l'inférence, la supposition, l'approximation…! Le cas semble extrêmement complexe alors qu'il est en fait très simple. Toute cette énumération ne concerne que des effets de sens provenant du contexte, des reflets renvoyés par le monde réel. Mais la fonction purement grammaticale du mot « bien » reste constante. D'ailleurs, la façon dont le chinois traduit ce terme met en évidence un rôle invariant, une loi unique qui expliquerait toutes les situations. C'est ce que nous allons examiner ici.

Que signifie le mot bien dans la phrase Elle part bien demain? Il sert à relier les deux éléments de la phrase  [elle] + [part demain]. Il confirme que la relation entre ces deux éléments (le sujet et le prédicat), relation sur laquelle on s'était entendu au préalable, de façon explicite ou non, est toujours valable (Henri Adamczewski). Le mot bien ne constitue en aucun cas un quelconque attribut ou enjoliveur du verbe partir, comme on le prétend souvent. En comparant les phrases Elle part demain? et Elle part bien demain?, ont sent clairement que la première porte sur le départ lui-même, et la seconde sur la confirmation de ce départ. Voyons comment le chinois construirait cette seconde phrase.

Sujet + Terme de confirmation + Prédicat

1. Elle part bien demain? [= Elle + bien + partir demain?]
 真的 明天 走 吗? Tā zhēnde míngtiān zǒu ma?
Elle vraiment demain partir est-ce que?

2. C'est bien elle qui a dit ça.
这 话 明明 是 她 说 的 Zhè huà míngming shì tā shuō de.
Ces paroles clairement être elle dire [de].

3. C'est bien lui!
 是 他 Jiù shì tā!
Justement être lui.

Dans les trois phrases chinoises ci-dessus, le sujet précède systématiquement le terme de confirmation, et le prédicat le suit (le sujet est sous-entendu dans la phrase 3). On constate également que le mot bien est traduit par trois mots différents en chinois, mais ceux-ci jouent un rôle grammatical similaire tout en apportant leur nuance propre.

L'italien (proprio) utilise une méthode similaire à celle du français pour confirmer la relation présupposée entre le sujet et le prédicat. L'anglais se sert volontiers du fameux do, ou du verbe to be accompagné de la forme dite progressive.
1. Se ne va proprio domani?
2. L'ha detto proprio lei.
3. È proprio lui!
1. She is leaving tomorrow?
2. She did say it.
3. It's him alright.

Les deux prochains exemples confirment cette façon de voir. Là encore, le chinois rend les choses plus évidentes.

4. Vous avez bien une minute!
  有 一点儿 时间  Nǐ hái yǒu yìdiǎnr shíjiān ba!
Vous encore avoir un peu temps [ba].

5. Vous avez bien de quoi payer.
你 钱    Nǐ qián hái gòu ne.
Ton argent encore suffisant [ne].
Vous, de quoi payer bien avoir [la somme nécessaire].

Dans les phrases chinoises 4 et 5, le prédicat à confirmer est encadré entre le mot signifiant encore et une particule de renforcement (ba ou ne). Ces deux paires de caractères (hai… ba et hai… ne) jouent le même rôle que le mot bien en français. Les particules de fin de phrase, ba et ne apportent chacune leur nuance. Dans la phrase 4, le résultat attendu dépend toujours de la bonne volonté de l'interlocuteur (ba). Dans la phrase 5, les jeux sont déjà faits (ne).

La traduction anglaise met à nouveau en évidence le rôle du verbe do dans la confirmation de la relation entre le sujet et le prédicat (ce qui équivaut à dire que do not sert à nier cette relation).
4. You do have a minute, don't you?
5. You do have enough money.

Il faut bien comprendre qu'une phrase prononcée à haute voix, c'est à dire une succession linéaire de sons, n'est qu'une façon de communiquer un message. Quel est donc le message exact que la phrase 4 cherche à transmettre?

  • J'ai besoin de vous retenir pour un moment (shíjiān, minute).
  • Je réponds d'avance à vos objections en indiquant que le moment sera court (yìdiǎnr, minute).
  • Je sais qu'il n'en tient qu'à vous d'accepter ma requête (ba, avez).
  • Je vous demande de confirmer votre accord (hai, bien).

 

Vocabulaire

1. elle
2. 真的 zhēnde vrai
3. 明天 míngtiān demain
4. zǒu partir, s'en aller, itinéraire, (clé 156)
5. ma [interrogation]
6. zhè / zhèi celui-ci, ceci
7. huà parole, langage
8. 明明 míngmíng évidemment, manifestement
9. shì être
10. shuō parler
11. de / dí / dì [particule adjectivale, particule structurale] / en effet
12. jiù s'approcher, entreprendre, justement
13. il, lui
14. tu, toi
15. hái / huán encore, aussi / rentrer, rendre
16. yǒu avoir
17. 一点 yìdiǎn un peu, le moindre
18. ér fils, soutenir, (clé 10 jambes)
19. 时间 shíjiān moment, durée, temps
20. bā / ba clac! / [en fin de phrase suggestion, supposition]
21. qián argent, monnaie
22. gòu atteindre, suffisant, en avoir assez
23. ne / ní [interrogation, non accompli] / drap