2008-07-26

La basse-cour

Guilin - Photos : Renaud Bouret

C'est bien connu, la jeunesse est agitée et insouciante, même chez les poulets chinois.

Ces dames, en route pour le poulailler après la promenade du dimanche, sont déjà plus raisonnables.

Ce type évite la compagnie, histoire de se mettre bien en valeur.

Que de fierté, alors qu'on sera toujours victime d'un destin tragique. Les poules ont beaucoup à nous apprendre.

Post-scriptum :
On a beau jeu de se moquer de la volaille. Je sais, pour avoir élevé des poules entre l'âge de 5 ans et 11 ans, que ce sont des animaux intelligents et sensibles. Ma poule préférée ne manquait pas de manifester sa joie en me voyant, et de tendre ses ailes pour que je la saisisse plus facilement.

2008-07-20

La sécurité sur le chantier

Yangshuo
Photo: Renaud Bouret

Sur les petits chantiers, les échafaudages sont souvent construits en bambou, matériau réputé aussi solide que l'acier et moins sujet à la « rouille ».

Sur les petits chantiers, on voit encore de ces vieux camions de l'époque communiste, qui émettraient de 100 à 1000 fois plus de souffre que leurs collègues européens et japonais. Sachant que plusieurs millions de ces étouffeurs de chrétiens sont encore en circulation, on peut se livrer à une petite multiplication instructive. De quoi donner le vertige aux gens les plus optimistes quant à l'avenir de l'atmosphère terrestre.

Sur les petits chantiers, on construit souvent des murs en brique sans armature. On y bâtit aussi de solides infrastructures à des vitesses record. Dans le sud, les ouvriers du bâtiment, originaires des campagnes, portent le traditionnel chapeau de paille.

En face de ce petit chantier, une pancarte réglementaire incitant les entrepreneurs et leurs employés à la prudence. On y rappelle notamment que le port du casque est obligatoire sur un chantier (进入施工现场必须带好安全帽). La partie gauche de la pancarte énumère les différents maîtres d'œuvre du chantier, depuis le gestionnaire de projet jusqu'à l'électricien, en passant par le charpentier et, bien évidemment, le responsable de la sécurité. Il ne manque plus que les noms de ces personnages (à inscrire dans les cases laissées vides).

Traduction du vocabulaire

1. 进入 jìnrù entrer, accéder
2. 施工 shī=gōng exécuter des travaux, ouvrir un chantier
3. 现场 xiànchǎng sur les lieux
4. 必须 bìxū il faut absolument
5. dài emmener, bande, porter
6. hǎo bien, bon
7. 安全 ānquán sûr, sécurité
8. mào coiffure, chapeau

2008-07-11

Les radeaux de bambou

Ce soir, nous serons de retour au Québec, après un voyage de plus de 24 h. Nous continuerons cependant à publier quelques images de la région de Guilin, avant de trouver une nouvelle source d'inspiration.

Guilin - Photos: Renaud Bouret

Le bambou est dur, léger, imputrescible. Il pousse à vue d'œil. On peut s'en faire un repas, une maison ou un radeau.

Quand le radeau transporte du fret, on le conduit généralement à la gaule et à la rame.

Les passagers d'aujourd'hui sont moins patients que les marchandises. Leur but n'est pas de se rendre à un point quelconque, mais d'y arriver le plus vite possible pour en repartir aussitôt. Le radeau de bambou moderne est donc souvent motorisé.

Dimanche, en début de soirée : l'heure de la promenade. Au lieu de sortir sa vieille bécane dans des rues désormais encombrées et polluées, pourquoi ne pas mettre à l'eau le vieux radeau familial rongé par la mousse?

2008-07-10

Les marcheurs


Photos: Renaud Bouret

À la campagne, la vie va au rythme de la marche à pied. Sous les tropiques, les femmes sortent souvent avec leur ombrelle, pour garder la peau blanche, sauf, bien sûr, lorsqu'elles vont aux champs, auquel cas elles portent un large chapeau de paille.

Le plus souvent, on se déplace pour transporter des marchandises. La palanche est alors l'instrument le plus utilisé, sur des chemins pas toujours carrossables.

Même au fin fond de la campagne, il y a toujours un fil électrique qui se balade en travers du ciel.

2008-07-09

Nettoyage

On nettoie les lieux privés.
Photos: Renaud Bouret

Certains prétendent que la Chine est sale. D'autres disent qu'elle est en perpétuel nettoyage. Les plus méchants expliquent que tout ce qui est privé est maintenu dans un état de propreté impeccable, alors que le reste du pays sert de poubelle. Toujours est-il que, si beaucoup de gens salissent, il y en a aussi un grand nombre qui nettoie.


On nettoie les sentiers, entre deux pauses.


On nettoie même les voies d'eau.


Un spécimen plutôt rare de laveur de bicyclette

2008-07-08

La flamme sacrée

Guilin
Photos: Renaud Bouret

Les Chinois sont très fiers de la tenue des Jeux olympiques sur leur sol et ils ignorent le plus souvent les évènements fâcheux ayant entouré le parcours de la flamme dite «sacrée» (神炬 shén jù) à l'étranger, seuls les incidents parisiens ayant été largement diffusés par les autorités.

L'entrée du parc Fubo, à Guilin

Les symboles olympiques sont partout présents, dans les lieux publics comme à la télévision. Ici, devant le cornet rouge et blanc, qui n'est autre que la torche olympique, se dressent cinq animaux représentant les cinq principales ethnies chinoises. L'animal en jaune (devenu orange pour diverses raisons linguistiques et politiques) est un yak tibétain.

La Chine a connu son lot de difficultés cette année: les tempêtes de neige du Nouvel an, qui ont bloqué des millions de voyageurs dans les gares et les aéroports; les émeutes du Tibet, qui ont profondément choqué les Chinois de l'ethnie majoritaire Han; le tremblement de terre du Sichuan, qui a suscité un vaste élan de solidarité. Il faut ajouter à cela le problème plus terre à terre de l'inflation, qui pèse lourdement sur le niveau de vie des «masses populaires».

Un jeune olympien à l'entraînement

Dans ce contexte, comment concilier le deuil du tremblement de terre et le triomphalisme de la flamme sacrée? Les grandes affiches qui ornent ce mur nous proposent une solution. Le panneau de gauche (lettres blanches sur fond rouge) émet le souhait que «la torche olympique éclaire la reconstruction des régions sinistrées» (让奥运火炬燃起灾区重建的希望 ràng Àoyùn huǒjù ránqǐ zāiqū chóngjiàn de xīwàng). Le panneau de droite (lettres rouges sur fond blanc) clame haut et fort: «Allez les Jeux! Allez la Chine!» (奥运加油!中国加油! Àoyùn jiāyóu! Zhōngguó jiāyóu )

Le pays n'a jamais compté autant de héros. En plus des patriotes et résistants qui pullulent depuis toujours dans les manuels scolaires, on a aujourd'hui les champions sportifs et les soldats sauveteurs. Tous ces héros, issus d'un milieu modeste, font rougir de fierté le drapeau national. Les héros, par définition, connaissent une fin exceptionnelle: la fortune pour les sportifs, la mort pour les autres.

Visitons le site de Radio Canada...
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Malgré les incidents entourant le parcours de la flamme olympique à Paris, où l'on a vu un jeune Chinois d'outremer essayer d'arracher la torche des mains d'une sportive chinoise handicapée, pendant que les gardiens chinois de la flamme sacrée s'étaient mystérieusement éclipsés avec leurs lunettes noires, la France a toujours la cote en Chine.

Selon les stéréotypes officiels, les Français sont romantiques, les Anglais rigides, les Allemands soigneux, les Américains libres et les Japonais cruels. L'anglais est la langue des affaires et le français la langue de la culture. Dans les autocars de touristes chinois, le guide a coutume de demander à chaque voyageur sa province d'origine, et le reste de la troupe s'empresse d'applaudir. Parmi les quelques laowai (étrangers) qui se faufilent dans ces excursions — bien meilleur marché que celles pilotées par des guides bilingues — les Français obtiennent généralement le meilleur score à l'applaudimètre.

Un seul Chinois s'est montré hostile à la France lors de l'enquête sur le tourisme. Il prétendait avoir vécu un an à Paris — quoiqu'il ne puisse prononcer un mot de français — et rencontré des indigènes peu affables. Comme le disait un diplomate américain, «Je veux bien que les étrangers parlent une langue étrangère, mais au moins qu'ils parlent tous la même.»

Et le Canada dans tout ça? Le Canada, c'est bien, c'est grand, c'est propre. C'est comme les États-Unis, mais avec plus d'espace et moins de politique extérieure. Officiellement, le Canada fait partie des cinq pays anglophones, avec les États-Unis, la Grande-Bretagne, l'Australie et la Nouvelle-Zélande. Ceci n'est pas entièrement faux puisque les bureaux d'Air Canada en Chine ne fournissent aucun service en français à leurs compatriotes québécois, que ce soit par téléphone ou sur leur site Internet. Beaucoup de Chinois connaissent l'existence du Québec, et, chez eux, on distingue deux types de perceptions. Les uns pensent que, comme les Chinois de province, les Québécois utilisent tous une vraie langue (l'anglais) dans la vie publique, et gardent leur 方言 (fāngyán: patois) pour leurs activités privées. Les autres sont au courant de la question nationale, et appellent souvent les Québécois des 法国人 (Fǎguórén: Français), faute d'un nom plus prononçable et plus explicite. Les Québécois qui se font appeler «Canadiens» (加拿大人: Jiānádàrén) sont perçus comme des Anglais.

En attendant, le site Internet de Radio Canada, commanditaire officiel des Jeux olympiques de Pékin, est toujours censuré en Chine, à moins d'un mois de la cérémonie d'ouverture. Le Ministère des Affaires étrangères du Canada ne semble pas trop se préoccuper de la situation, puisque le problème perdure depuis déjà un an.

2008-07-07

La double tarification

Un marchand ambulant
Photos: Renaud Bouret

Un des aspects désagréables de Guilin est le harcèlement inhabituel dont les voyageurs sont l'objet dans les lieux à vocation touristique, que ce soit dans les rues piétones du centre-ville, aux abords des parcs et des quais, dans les villages pittoresques de la région, et jusque dans la montagne qui surplombe les rizières en terrasse de Longji. On est parfois assailli par une nuée de vendeurs, qu'on n'arrive à semer que pour retomber sur un autre nid. Quant aux petits commerçants des mêmes lieux, ils pratiquent couramment la double tarification c'est-à-dire qu'ils majorent le prix de 50 à 80 % pour les voyageurs étrangers. Pour moi, ce fait est inusité, car je n'ai à peu près rencontré, depuis douze ans, que des commerçants honnêtes, ou presque, que ce soit à Kunming, Yangzhou, Changsha, Chengdu ou ailleurs, peut-être parce que je fréquente peu les lieux touristiques.

Se faire escroquer par un commerçant, dans une ville où la course de 5 km en taxi coûte moins cher qu'un billet d'autobus dans les agglomérations québécoises n'a rien de bien tragique. Aussi est-il parfois plus simple de fermer les yeux, du moins pour de petits achats. Au départ, j'avais simplement l'impression que Guilin était une ville plus chère que les autres. Jusqu'au jour où...

L'épicerie de la mère Wang
Sur les deux enseignes horizontales (fond rouge), on peut lire:

隆发超市,桂林土特,总批发 lóngfā chāoshì, Guìlín tǔtè, zǒng pīfā
(Supermarché Longfa, Produits du terroir de Guilin, Vente en gros),

Je discutais dans le petit salon d'une auberge avec un sympathique Montréalais, de passage. Il venait d'acheter, chez la mère Wang, une des épicières du voisinage, une bouteille de bière de 600 ml et une bouteille d'eau de 300 ml, pour la somme totale de 8 yuans, soit à peine plus d'un dollar. D'après mon expérience, c'était le tarif habituel pratiqué dans le quartier. Comme nous étions bientôt à sec, je fis à mon tour un saut chez la mère Wang, qui s'était momentanément absentée en confiant le magasin à son beau-frère. J'obtins alors les deux mêmes bouteilles pour un total de 5 yuans, soit 3,5 yuans pour la bière et 1,5 yuan pour l'eau. Je pus constater par la suite que c'était le tarif payé par les résidents locaux, et d'ailleurs pratiqué universellement dans les quartiers non touristiques de la ville.

Une semaine plus tard, mon assistante de chinois m'expliquait la symbolique graphique du slogan de Mao Zedong: «Les femmes soutiennent la moitié du ciel» (妇女半边天 fùnǚ bànbiāntiān). Dans le caractère , qui signifie la femme, le premier élément est la clé sémantique de la femme () et le second représente une montagne vue sur le côté (): les femmes sont une montagne qui soutient le ciel. Selon, mon assistante, les femmes du Sud soutiennent parfois la totalité du ciel, puisque certaines d'entre elles ont la réputation de mener leur mari par le bout du nez, et surtout, de dominer le petit commerce où elles se montrent intraitables et cherchent notamment à rouler les clients de passage.
— Tiens, je vais t'en donner la preuve, qui t'a vendu ce journal (le Soir de Guilin - 桂林晚报 Guìlín wǎnbào), sûrement une femme, n'est-ce pas?
— Oui, en effet.
— Et combien as-tu payé?
— Un yuan (0,15 $).
— Eh bien, tu t'es fait rouler. Ce journal coûte 6 maos (0,6 yuan), regarde, c'est écrit en bas dans le coin.

Je restai sceptique: la vendeuse était une femme, certes, comme la grande majorité des boutiquières, et je m'étais fait avoir à cause de ma gueule de métèque. Il n'y avait qu'une simple coïncidence entre les deux éléments.

Le soir même, cependant, je partis m'acheter une grappe de litchis chez un vendeur ambulant, au bord d'un trottoir. Or, le prix était passé de 3 yuans (parfois 2,5 en marchandant) à 5 yuans la livre, et mon paysan habituel avait laissé la place à une paysanne. Même chose chez les vendeuses de pêches et de mangues: tous les prix avaient augmenté de 60 à 80 %.

Le jour suivant, mon assistante de chinois triomphait:
— Tu vois, je t'avais prévenu. C'est pourtant un calcul simple: quand un client se présente pour la première fois, il n'est probablement que de passage, et il vaut mieux le rouler tout de suite que d'espérer le fidéliser. Alors on augmente les prix au maximum, en évitant toutefois de les doubler, c'est pourquoi les hausses dépassent toujours 50 % sans jamais atteindre 100 %.
— Dans ce cas, pourquoi les vendeurs précédents ne cherchaient pas à me voler.
— Parce que c'était des hommes, et qu'ils ne sont pas doués pour les affaires. Ils sont trop bêtes ou trop paresseux.

Suite à cette discussion, j'ai fait le décompte des commerçants qui pratiquent ou non la discrimination des prix parmi ceux rencontrés à Guilin, dans le centre-ville et aux abords des lieux touristiques. Mon but était de démentir les affirmations un peu trop radicales de mon assistante. Mais, les résultats obtenus étant contraires à mes prévisions, je m'empresse de préciser qu'il s'agit d'une enquête purement empirique et que l'échantillon et loin d'être aléatoire.

Commerçants     Femmes     Hommes
Tarification homogène 3 5
Double tarification 15 3


En dehors du fait que l'échantillon n'est pas aléatoire, un certain nombre d'éléments complètement indépendants du sexe pourraient facilement expliquer les écarts sensibles relevés dans ce tableau. Il se peut, par exemple, que les touristes fassent leurs emplettes surtout à des heures où les femmes qui pratiquent la double tarification sont particulièrement présentes, contrairement aux hommes. Dans ce cas, la véritable variable expliquant la discrimination sur le prix serait la nature du client (touriste/non touriste) plutôt que le sexe du commerçant. Il se peut encore que parmi les vendeurs de fruits ambulants, les hommes soient surtout des paysans, tandis que les femmes soient surtout des commerçantes. Ce serait cette fois la profession principale du vendeur — et non le sexe — qui expliquerait la discrimination sur le prix.

Un soir, la mère Wang, l'épicière du quartier, me demanda si je devais bientôt rentrer au pays.
— Oui, justement, je pars dans une semaine.
— Alors il faut acheter des souvenirs pour votre femme. Nous avons tout ici.
Se faire rouler sur sa bouteille d'eau quotidienne, passe encore, mais pour de gros achats, pas question! J'irai voir ailleurs.
— C'est trop cher, mère Wang, j'achèterai mes souvenirs au carrefour Sanlidian.
La bonne femme ne voulut jamais reconnaître qu'elle pratiquait une double tarification, même lorsque je lui en apportai la preuve. Cependant, nous sommes restés bons amis et je continue à m'approvisionner chez elle en bouteilles d'eau surtaxées à 66,6 %.

Post-scriptum
Comme cela arrive souvent, un évènement imprévu vient contredire les résultats préliminaires affichés plus haut. À cause de la forte pluie qui vient de s'abattre sur la ville, j'ai préféré aller acheter mes bouteilles d'eau dans le magasin d'à côté plutôt que chez la mère Wang. La boutiquière et sa fille m'accueillent. Je salue et je me sers en déclarant à haute voix 两瓶水 (liǎng píng shuǐ: deux bouteilles d'eau – d'un litre et demi). Oh surprise, le prix est redescendu à 3 yuan (contre 5 chez la mère Wang, à moins de 20 mètres) et les vendeuses sont des femmes. Comme quoi les observations faites sur de petits échantillons peuvent vite être démenties par la suite.

Dans l'enquête sur le tourisme, nous avions d'abord constaté, avec un échantillon de 120 personnes, un écart statistiquement significatif sur la façon dont les hommes et les femmes percevaient l'influence des jeux olympiques sur l'image de la Chine à l'étranger (les hommes y accordaient plus de poids que les femmes). Or, lorsque l'échantillon eut atteint 240 individus, cette différence entre les sexes s'était totalement estompée. Cette fois-ci, il aura suffit d'une averse intempestive pour remettre rapidement en question les premières observations: Le hasard est la mère des découvertes. Mais, pour complément d'information, j'enverrai ce soir aux provisions un laowai ne parlant pas chinois.

2008-07-06

Le transport des bébés

La méthode classique: le siège à vélo
Photos: Renaud Bouret

Comme ceux des autres pays, les bébés chinois ont le défaut de se déplacer très lentement, voire pas du tout. Il faut donc les transporter.

La méthode moderne: la moto électrique

Une méthode insolite: le radeau de bambou

Une méthode ingénieuse: le buffle attelé au triporteur

2008-07-05

Les transports

La région de Guilin
Photos: Renaud Bouret

Les routes de campagne sont généralement ombragées, habitude prise à l'époque où le transport fonctionnait surtout à l'énergie musculaire. Pour emprunter cette belle chaussée, non défoncée d'un bout à l'autre, il faudra cependant passer par un poste de péage.

En raison de la hausse du prix de l'essence, qui est pourtant vendue à perte par les grandes sociétés d'État, les camionneurs remplissent leurs bennes à ras bord. On les voit parfois arrêtés, à quelques centaines de mètres d'un contrôle routier, attendant que le policier de service quitte son poste pour la pause repas.

À la campagne, les vieux camions de l'époque Mao continuent à polluer allègrement, à moins qu'ils ne soient munis d'un moteur neuf. Celui-ci s'empresse de livrer des radeaux de bambous, pour remplacer ceux que la crue a emportés.

À la campagne se côtoient le monde moderne et le moyen-âge. La Chine fait parfois penser au temps des colonies, avec ses disparités économiques et culturelles. La voiture noire aux vitres teintées est immatriculée à Guilin, la préfecture locale. L'autocar porte l'inscription Shenzhen (深圳), ville ultra moderne à la frontière de Hongkong. Le buffle et la petite carriole peuvent être considérés comme des véhicules non enregistrés.

La ville n'est pas en reste, puisque ce scooter électrique, totalement silencieux et vendu à moins de mille dollars, est toujours concurrencé par des brouettes encore moins polluantes, et tout à fait invisibles aux yeux des citadins.

2008-07-04

Le village de Heping

À quelques kilomètres au nord de Guilin, les pics calcaires font place à un paysage de montagne, avec ses torrents, ses gorges et ses maisons de planches.
Photos: Renaud Bouret

La route qui conduit à Longsheng («Victoire du dragon»), gros bourg situé à quelques 80 km au nord de Guilin, serpente entre des montagnes couvertes de forêts: des massifs de bambou pour la plupart, mais aussi des sapins de Chine, quelques feuillus, et des grappes de roseaux sur les pentes les plus escarpées. Aux approches de Longsheng, le chemin est étrangement paisible et presque désert. Seuls les éboulis qui débordent sur la route, et les tronçons en réparation brisent la monotonie du voyage.

Puisque j'ai faussé compagnie au groupe qui m'a conduit de Guilin au village de Ping'an, au milieu des rizières en terrasses, il me faudra regagner la ville par mes propres moyens. Théoriquement, on redescend la route en lacets, qui mène au pied de la montagne, à bord d'une navette spéciale; on attrape ensuite un minibus qui suit la vallée jusqu'à la grand route et qui remonte ensuite jusqu'à Longsheng; puis on n'a plus qu'à prendre l'express de Guilin. Compte tenu des correspondances, il faudrait compter cinq ou six heures pour parcourir une centaine de kilomètres. Mais ce serait oublier l'efficacité proverbiale des transports privés chinois.

Le professeur de géographie qui menait l'enquête sur le tourisme chinois, m'avait raconté comment un parcours de 40 km, lorsqu'il résidait en Casamance pour sa thèse, lui avait pris 24 heures. Il fallait d'abord rallier la rivière à pied, mais comme le bateau devait partir peu après l'aube, il était plus prudent de se rendre sur place la veille au soir. Au matin, cependant, changement d'horaire inattendu pour le géographe. Le capitaine avait décidé de ne lever l'ancre que vers dix ou onze heures. En fin de compte, les passagers tardant à remplir l'embarcation, le départ eut lieu en début d'après-midi et notre ami ne rejoignit Ziguinchor que dans la soirée. Ce genre de situation est impensable ici, même dans les provinces les plus pauvres. Car le transport, c'est le nerf des affaires, et sans les affaires, comment un Chinois pourrait-il raisonnablement espérer échapper au sous-développement.

À midi, mon barda est paqueté et je prends congé de mes drôles d'aubergistes, puisqu'ils enferment leurs clients dans leur auberge avant d'aller coucher ailleurs. Je descend la ruelle aux marches d'ardoises, passant devant la terrasse aux cochons entravés (le second cochon a maintenant disparu), et me voici bientôt sur la plate-forme qui marque le début de la route carrossable. Coïncidence extraordinaire, je tombe sur une navette peinte au armoiries de l'hôtel Sheraton de Guilin. Or, j'habite juste en face de ce palace, dans un tôle de catégorie carrément inférieure mais néanmoins sympathique. Les excursionnistes du Sheraton – tous des laowai (métèques) – viennent de débarquer, le plus gros d'entre eux ayant choisi une chaise à porteur pour monter jusqu'au village.
— Dites, Monsieur le daoyou (guide), fais-je, vous ne voulez pas me déposer à Guilin au retour, si vous avez de la place? Nous sommes voisins là-bas.

Le daoyou n'est pas très enthousiaste, mais plutôt que d'opposer un refus catégorique à ma demande, il me suggère d'autres solutions soi-disant plus pratiques. Notre discussion stérile a cependant le mérite d'attirer l'attention des badauds, et une sympathique brute, les cheveux en brosse, propose de me déposer à l'embranchement de Heping, pour la coquette somme de 60 yuans. Froissé par cette offre déraisonnable, je continue mon chemin pour m'adresser aux chauffeurs des navettes officielles.
— Ah non Monsieur, m'objecte-t-on, nous on prend des groupes, pas des gens tous seuls. Demandez au type là-haut de vous mener à l'embranchement de Heping (« La Paix »)... Hé, frère Zhuang! Tu veux pas embarquer ce Monsieur, c'est sûrement un professeur d'université!
La brute sympathique s'avance alors avec son véhicule, et nous nous mettons d'accord sur 20 yuans pour vingt kilomètres, deux fois le tarif normal. Mais, puisque je suis le seul passager, ça lui paiera à peine l'essence.

Mon chauffeur est pourtant joyeux de s'être enfin remis au travail et de recevoir un profit peut-être maigre mais inattendu.
Nous commençons à descendre les lacets, silencieusement, en longeant un ravin sans fond.
— Dites, maître chauffeur, comment je ferai pour arriver à Longsheng, quand vous m'aurez déposé à Heping?
— Ne vous inquiétez pas, professeur, je m'occupe de tout. D'abord, il est inutile de monter jusqu'au bourg de Longsheng, puisque vous devrez ensuite repasser par Heping .
— Mais on m'a dit que les autocars ne s'arrêtent pas à Heping.
— Qui vous a dit ça, sûrement pas un chauffeur? À Heping, il en passe beaucoup, des banche (autocars réguliers).
Sur ce, son téléphone portable se met à sonner et une conversation à très haute voix s'engage en dialecte local.
— Et voilà, professeur, tout est arrangé.

Nous avons maintenant atteint le premier hameau de la vallée, et un pépère fait des signes d'amitié au chauffeur. Le vieux bonhomme est bientôt à bord, suivi, au hameau voisin, d'une dame d'âge mûr. Celle-ci fait ses dernières recommandations à sa fille restée devant la chaumière familiale, tout en claquant vigoureusement la portière de notre véhicule.

Le restaurant de l'Amitié prédestinée, à Heping
好友缘饭店
hǎoyǒu yuán fàndiàn
hǎo bien, bon
yǒu ami
yuán prédestination
fàn riz cuit, repas
diàn magasin

Voici Heping. À vrai dire, ça ressemble plus à un embranchement de route qu'à un village. Heping se compose, en tout et pour tout d'un long hangar divisé en compartiments — le marché de Heping — d'un terrain vague, de quelques immeubles de deux ou trois étages et d'une poignée de bicoques (en réalité, le vrai Heping se trouve un peu plus haut au détour de la vallée). Le chauffeur me dépose devant le premier compartiment du long hangar, une petite épicerie, et me dit d'attendre là, sans m'inquiéter.

Pour plus de sûreté, je me renseigne auprès de la patronne de l'épicerie, une jeune femme à l'air avenant, qui est en train de donner la bouillie à un bébé installé sur des roulettes. Elle confirme qu'un autocar pour Guilin arrivera bientôt, et qu'il s'arrêtera certainement, de l'autre côté de la route.
– En attendant, Monsieur, veuillez vous asseoir.
Elle me désigne un petit banc de bois, à côté d'un robinet sorti de terre et dressé à un mètre de hauteur. Je lui achète une bouteille de thé. Je m'assois, très confortablement – mieux vaut un tout petit banc qu'un grand tabouret, en fin de compte –, et je me désaltère en silence. L'épicière se remet à nourrir le bébé, tout en essayant de lui apprendre les syllabes « ta-ta ».

C'est l'heure où le soleil tape à la verticale, je le sens depuis mon étroit coin d'ombre. Rares sont les véhicules qui circulent sur la route. Mais voici qu'un autocar plein à craquer s'arrête devant la boutique. Ce n'est pas le mien. Il s'apprête à monter au village de Ping'an, où j'ai passé la nuit. Une passagère de l'autocar, originaire d'une province du nord, me hèle par la fenêtre et se moque de moi:
— Mon vieux, qu'est-ce que vous attendez dans ce trou? Vous n'êtes pas prêt d'être rendu à Guilin.
La jeune épicière me fait un sourire:
— Restez assis, Monsieur, ce n'est pas le bon autobus.
Puis elle apprend au bébé à me dire «ta-ta», ce qui exige plusieurs tentatives.

Un motard vient de s'immobiliser de l'autre côté de la route, au pied d'une falaise de gré roux qui se termine par un éboulis. Bip, bip, bip! L'antivol électronique de la moto sonne trois fois. L'heureux propriétaire, tenue léopard et large chapeau de paille posé sur la tête en guise de casque, traverse la chaussée et se dirige vers le compartiment voisin du nôtre, dont l'enseigne porte l'inscription « Au restaurant de l'amitié prédestinée ». Quelques minutes plus tard, le motard au chapeau de paille repart, comme il était venu. Il est clair que, dans l'immédiat, il a beaucoup plus de chances d'attraper un coup de soleil qu'une fracture du crâne.

Le centre commercial de Heping, vu dans l'autre sens

Entre-temps, mon chauffeur est de retour, après avoir déposé ses deux passagers, et gare son véhicule. Il me confirme que tout va bien, salue l'épicière, se fait gratifier d'un « ta-ta » par le bébé, et s'empresse de rejoindre ses copains au restaurant de l'Amitié prédestinée.

Et le voici déjà ce diable de banche, qui s'arrête exprès pour moi. Je traverse la route à la hâte, tout en prenant congé, et je me retrouve dans un beau petit autocar climatisé, assis à côté d'une fille charmante (c'était la seule place de libre). Le chauffeur démarre sans plus tarder, et la receveuse vient bientôt me réclamer, avec la plus grande courtoisie, la modique somme de 20 yuans. Il ne m'aura fallu que trois heures pour passer de mon clair village de montagne à l'étuve de Guilin, grâce à la compétence proverbiale des chauffeurs chinois.

2008-07-03

La mort du cochon


Ping'an (Guilin)
Photos: Renaud Bouret

Hier soir, en remontant, un peu pompette, l'escalier d'ardoises qui mène au café des Artistes, j'aperçois dans l'obscurité deux formes claires, massives, bien arrondies, grisâtres. Deux gros sacs de riz, sans doute, mais pourquoi voit-on tant de sacs de riz industriel dans ce pays aux mille rizières?

Voilà la question que je me pose, ce matin, tout en dégustant les tranches de lard bien fraîches de mon petit déjeuner. Je m'étais d'abord levé à l'aube avec l'intention de sortir faire un tour au village, mais j'avais dû battre en retraite devant les portes cadenassées de l'auberge. Dès six heures, le coq d'en face s'était mis à chanter. En soi ce n'est pas un motif suffisant pour se réveiller, mais le drôle, en véritable auteur-compositeur-interprète, alternait les refrains – vingt cocoricos espacés d'une douzaine de secondes – et les silences – quelques bonnes minutes, de quoi se faire oublier avant de rechanter de plus belle. Nos réveils modernes les plus efficaces sont d'ailleurs bâtis sur ce même modèle, comme quoi l'homme n'a pas fini d'imiter la nature.

On vient de retirer l'antivol de la double porte vitrée.

À quoi bon persister à dormir devant une invitation galline aussi pressante. Allons humer l'ambiance des ruelles du petit matin. Au pied de la cage d'escalier, je me heurte à la porte cochère de l'immeuble, solidement verrouillée. Rien de plus normal, passons par la porte fenêtre qui donne sur la réception. J'ai beau pousser, tirer, faire glisser, pas moyen d'ouvrir. J'aperçois alors le petit cadenas qui la bloque. Je pourrais facilement démolir cet obstacle purement symbolique, mais je préfère tambouriner sur la vitre, sans succès. De toute façon, même si je réussissais à passer dans le lobby, je me heurterais alors à la double porte vitrée qui s'ouvre — théoriquement — sur la ruelle. Or, cette porte a les poignées entravées par le classique antivol de bicyclette.

Rien à faire, je suis prisonnier. J'explore la salle à manger du deuxième étage. J'y trouverai peut-être, allongé sur une banquette, un gardien de nuit dur d'oreille et insensibilisé au chant du coq. C'est moins rare qu'on ne croit. Mais pas le moindre signe de vie. La cuisine adjacente, aux parois recouvertes de graisse refroidie, est aussi déserte. J'ai l'impression que le personnel est allé dormir ailleurs et m'a enfermé dans l'auberge pour la nuit. Remontons chez nous.

Depuis ma chambre du quatrième, les rizières en terrasse sont à peine visibles, malheureusement. Parmi les trois chambres du couloir, celle avec vue, celle avec une douche en état de marche et celle avec un téléviseur non défectueux, j'ai choisi celle avec la douche. Tant pis pour les rizières, mais, par contre, je puis apercevoir clairement la ruelle en contrebas. Que s'est-il donc passé hier soir dans cet obscur dédale? Deux gros sas de riz, vraiment? Non, on aurait plutôt dit deux cadavres. Je m'étais approché prudemment, dans le silence de la nuit, et j'avais découvert deux cochons gisant sur le ciment, les pattes attachées. Quelques soubresauts... Ils sont vivants. Mais peu optimistes.

Huit heures du matin, aujourd'hui. Je redescends vers les lieux du crime. L'ardoise d'une marche est tachée de sang encore frais. Sur la petite plate-forme, je retrouve un des deux porcs couchés, presque rose en pleine lumière, entouré d'un chapelet de crottes qui souligne l'absence de son congénère. Le pauvre diable n'est pas loin, car, sur le palier d'en face, le boucher l'a suspendu à un crochet après l'avoir décapité. Le brave travailleur s'affaire à extraire les tripes, qu'il transvase avec application dans une bassine en étain. La tête du cochon gît sur le sol, avec un étrange rictus. Je salue le boucher, qui me répond d'un sourire complice, fier du devoir accompli. Que de réjouissances en perspective, tous ces jambons, lardons, rognons et saucissons, qui n'attendaient que ce jour pour se concrétiser.

Pauvres cochons, pensez-vous? En voici d'autres, justement, sous un hangar au pied du ravin, avachis, vautrés, paresseux, vulgaires, méchants même. Presque roses, sans poils et vicieux. Une vraie lie de l'humanité. Le maître s'approche de la porcherie avec sa pâtée, et les grosses bêtes reprennent vie. On grogne, on se démène, on se bouscule. Les plus forts mordent même les plus faibles pour avoir la meilleure part du banquet. Tant pis pour eux, ceux-là seront mangés les premiers.

De retour à l'auberge. Notre voisin, le marchand de viande, a dressé son étal dans la rue étroite. Les morceaux sont posés à même la planche. Seraient-ce déjà les morceaux de mon pauvre cochon. Bientôt cuits, bientôt mangés, bientôt digérés. Allons, ne traînons plus, mon petit déjeuner m'attend.

2008-07-02

Les rizières de l'Échine du dragon

Les rizières à 13 h 41
Un bonhomme répare les tuiles de son toit (sur la maison de gauche).
Photos: Renaud Bouret

La région de l'Échine du dragon est habitée par les ethnies Zhuang et Yao. Elle est surtout connue pour ses milliers de rizières en terrasses, qui changent de couleur au gré des saisons et selon l'heure du jour.

Un des meilleurs moyens de parcourir la montagne est de prendre pension dans l'une des multiples auberges du village de Ping'an. Cette année, le nombre de visiteurs a baissé de plus de moitié. Parmi les touristes, on compte 90 % de Chinois le jour et 60 % la nuit.

Les rizières à 14 h 58

Un sentier bien balisé, qui passe par les crêtes, donne une vue imprenable sur les différents vallons. Nous n'y avons croisé que quelques rares touristes, et quelques bonnes femmes Yao venues d'un village voisin pour écouler leur pseudo artisanat.

Les rizières à 16 h 32

À quelques kilomètres du village de Ping'an, la route est totalement déserte. Où sont passés les centaines d'affamés qui se pressaient dans les restaurants du village?

Les rizières à 16 h 45
Une poule suit la digue qui la mènera à son poulailler avant la tombée de la nuit tropicale.

2008-07-01

Les baigneurs


Photos: Renaud Bouret

Passé le solstice, les baigneurs commencent à envahir les berges de la rivière Lijiang.

Pour mon assistante, cette scène représente l'image de l'harmonie.
Ce marmot, bien surveillé, hésite à prendre son premier bain.

Si on se fie à ses rustines, cette chambre à air ne manque pas d'expérience.
Les vrais de vrai descendent carrément la rivière sur quelques kilomètres. Pour éviter d'avoir à remonter le courant, ce nageur solitaire se fait suivre par son intendance. Il rentrera chez lui en autobus.