2007-09-19

Le guitariste

Bái Lìdé joue dans l'orchestre Korak en 1975, sous le nom de Rajko. C'est même lui qui a choisi les uniformes.

Ma grand-mère m'écrivait, dans une de ses lettres, que la musique demande un enchaînement particulier de neurones. Bref, il fallait être pourvu d'un talent minimal… et ce n'était pas mon cas.

Mais le destin nous joue parfois des tours. Parti un beau matin de Marseille, je me retrouvai bientôt à Ottawa, par le plus grand des hasards, avec une valise défoncée, ma vieille guitare, et 300 dollars en poche. Peu après mon arrivée, je fus miraculeusement recruté comme guitariste par un as de l'accordéon, né à Niagara de parents serbes. J'obtins ainsi mon premier métier d'immigrant.

Vingt ans plus tard, dans un bistrot cubain, Bái Lìdé se fait appeler Rei. Le charmant jeune homme, qui laissait tant de filles indifférentes, est devenu un quelconque monsieur bronzé à moustache.

Grand-mère avait raison. J'ai donc délaissé la guitare après la dissolution de l'orchestre balkanique. À cette époque de ma vie, je gratouille de plus en plus mal, mais les femmes semblent m'apprécier de plus en plus. La vie est un troublant mystère.

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