2008-08-11

La truffe du bébé dépasse

Ottawa, été 2008
(Cliquer sur les images pour les agrandir.)

1. Un brave couple fait sa promenade familiale. Une passante vient de jeter un coup d'œil au bébé. « Que se passe-t-il, Madame? Pourquoi cet air dégoûté? »

2. Qu'il est mignon, le bébé à son pépère. Mais n'a-t-il pas un drôle de nez pointu?

3. Voici la clé du mystère. Il ne ressemble ni à son père, ni à sa mère.

4. Eh, Monsieur! Il y a encore un bout de truffe qui dépasse!

2008-08-08

Petit mais grand

L'émission estivale de France Culture, Mythophonies (ou Mythographies?) se veut une suite aux Mythologies de Roland Barthes, adaptée à la réalité d'aujourd'hui. Un ami me recommande chaudement le podcast de cette émission. Or, les podcasts de France Culture, de la Radio suisse romande et de bien d'autres stations de radio, c'est le remède miracle à la solitude et à l'ennui modernes. Ils peuvent nous tenir compagnie en toute occasion, sur le chemin de l'école, dans la chambre de torture du gymnase, au cours d'un voyage interminable, et pendant les nuits d'insomnie.

Boire une petite bière dans un petit bistrot
Dessin de Renaud Bouret - 1983

Je tombe sur la quatorzième émission de la série, qui porte sur l'utilisation du mot petit, lorsqu'il n'a rien à voir avec la taille. On présente d'abord la situation, à l'aide de quelques exemples, et on se demande pourquoi ce « petit » mot est si facilement employé à toutes les sauces (fragment 1, en annexe). On propose ensuite quelques éclairages, dont une explication psychologique reliée au consumérisme individualiste (fragment 2) et une explication politique reliée à la fin du monde bipolaire de l'après-guerre (ajout au fragment 6). Le problème de cette analyse vient du fait que des expressions telles que un petit dessert, une petite réunion, un petit congé ne datent pas d'hier, et qu'il est donc vain de vouloir les expliquer à la lumière de la réalité d'aujourd'hui.

Remarquons d'emblée que, dans les trois exemples que nous venons de proposer, le mot petit est justement utilisé parce qu'il ne fait manifestement pas référence à la taille de l'objet considéré. La situation serait plus ambiguë si je disais “Je mangerais un petit gâteau.” S'agit-il du gâteau que je désire et qui me ferait bien plaisir, ou tout bêtement d'un gâteau de petite taille? Si mon intention est de faire appel à la complicité de mon interlocuteur, si je cherche à lui confier “Tu sais, dans un moment comme celui-ci, j'ai toujours envie d'un gâteau, n'est-ce pas?”, je peux lever l'ambiguïté en rajoutant un bien ou un bon, ou les deux (voir notre précédent billet sur le sujet) : “Je mangerais bien un bon petit gâteau.” Si je veux, par contre, indiquer simplement qu'il s'agit d'un gâteau de petite taille, d'une portion individuelle, je pourrais supprimer le conditionnel : “Je veux un petit gâteau.”

  • 1. Après, on ira prendre un petit café dans un petit restaurant.
  • 2. Trois petites notes de musique.
  • 3. Une petite minute!
  • 4. Un petit commerçant.

Selon les explications officielles, le mot petit vise souvent à rajouter une touche de gentillesse, de bienveillance (exemples 1 à 3 ci-dessus). C'est une sorte de diminutif mignon, tendre, familier (¿un cafecito, mi amor?). Les mêmes explications officielles soulignent cependant que le mot petit peut également être méprisant (exemple 4). On y perd son latin : trop d'explications ne constituent pas une explication. Réglons d'abord le cas de l'exemple 4 : petit commerçant y forme un concept unique, un tout indissociable, c'est d'ailleurs pourquoi l'adjectif précède le nom. On dit un petit commerçant comme on dit une grande surface, et on pourrait remplacer ces expressions par des mots uniques : un boutiquier, un supermarché. Le mot petit n'est donc pas ici un adjectif qualificatif. Tout bien réfléchi, l'exemple 4 de notre liste n'a aucun rapport avec le sujet que nous traitons ici. La question n'est d'ailleurs pas de savoir si le mot apporte une connotation positive ou négative. Elle relève plutôt de ce qui est présupposé, implicite, convenu entre les interlocuteurs. Le mot petit est ici un mot vide, un mot qui sert à construire le message, un mot à ne pas confondre avec l'adjectif qualificatif petit, qui sert à décrire le monde. Les trois premiers exemples auraient pu, de façon moins éloquente, s'écrire ainsi :

  • 1. Si on allait prendre un café ensemble, tout à l'heure? Je sais que tu trouveras ça sympathique, et d'ailleurs on va choisir un endroit où on sera bien.
  • 2, Une belle chanson, comme nous les aimons.
  • 3. Tu sais bien que tu ne peux pas filer comme ça, avant que nous ayons tout réglé.

Il n'est pas difficile de retrouver un emploi similaire du mot petit chez nos auteurs classiques et modernes :

  • Tu ne saurais trouver dans ta tête, forger dans ton esprit, quelque ruse galante, quelque honnête petit stratagème, pour ajuster vos affaires? (Scapin) (Petit joue ici le rôle d'un clin d'œil.)
  • L'est seulemente pour le donnair une petite régal sur le dos d'une douzaine de coups de bâtonne, et de trois ou quatre petites coups d'épée au trafers de son poitrine. (Scapin) (Molière joue ici sur les deux fonctions du mot petit pour accentuer le comique.)
  • M. Swift est Rabelais dans son bon sens, et vivant en bonne compagnie; (…) mais, pour le bien entendre, il faut faire un petit voyage dans son pays. (…) Je vous ai touché un petit mot de leurs philosophes. (Voltaire, XXIIe lettre philosophique) (Il ne s'agit pas d'un court voyage, mais d'un voyage nécessaire. Le mot n'était pas court mais approprié.)
  • C'est une petite fortune sûre à Paris pour un géomètre, pour un chimiste, qu'une place à l'Académie. (Voltaire, XXIVe lettre philosophique) (La fortune n'est pas petite mais certaine.)
  • Et cependant, quatre sergents à cheval qui viennent de se poster aux quatre côtés du pilori ont déjà concentré autour d'eux une bonne portion du populaire épars sur la place, qui se condamne à l'immobilité et à l'ennui dans l'espoir d'une petite exécution. (Victor Hugo, les Misérables) (Une exécution n'est jamais petite, mais elle peut être attendue.)
  • Aux sourires, aux petits signes d'intelligence de madame Aloïse, aux clins d'yeux qu'elle détachait vers sa fille Fleur-de-Lys, en parlant bas au capitaine, il était facile de voir qu'il s'agissait de quelque fiançaille consommée, de quelque mariage prochain sans doute entre le jeune homme et Fleur-de-Lys. (Victor Hugo, les Misérables) (Il s'agit clairement de signes de connivence et non de signes de petite taille.)
  • Madame Descoings voulut égayer madame Bridau, elle la fit aller souvent au spectacle et en voiture, elle lui composa d'excellents petits dîners, elle essaya même de la marier avec son fils Bixiou. (Balzac, Scènes de la vie de province) (Ces petits dîners étaient probablement de gros gueuletons bien de chez nous.)
  • Si vous vouliez faire une petite promenade en attendant le dîner, qui ne sera servi que dans une heure, nous vous montrerions la grande curiosité de la ville? (Balzac, Scènes de la vie de province) (La promenade ne sera pas courte, mais elle sera doublement utile.)

Annexe : Transcription de passages de l'émission Mythophonies

Fragment 1. Pourquoi le petit
(…) Par exemple dans cette phrase “Si on se faisait une petite omelette”. Ou dans un café si vous demandez par exemple Vous pourriez m'amener un petit verre d'eau” Ce petit qui a contaminé le langage. C'est vraiment l'exemple d'une contamination du langage par le petit. Et au fond, ce petit on ne peut pas l'employer pour tout, évidemment, et donc ça pose la question de qu'est-ce qui est grand. On peut dire “Je me ferais bien un petit film” mais on ne pourrait pas dire “Tiens si on se regardait un petit documentaire sur la Shoah”. Ça n'est pas possible, on ne peut pas. Et donc voilà, il y a comme ça cette reconfiguration du petit et du grand. Qu'est-ce qui est à notre portée et qu'est-ce qui est dans la démesure. (Mythophonies, Fragment 1, France Culture, 2008-08-07)

Fragment 2. Modération de la société pulsionnelle
Dans un système de pensée classique, bourgeoise ou aristocratique, il est interdit de montrer la pulsion. Maintenant, dans une société où le désir et la pulsion, ou la jouissance, sont devenus une sorte d'impératif catégorique, qu'est-ce l'on fait pour modérer la violence qui naît de cette expression de la pulsion. Quand on est obligé de jouir, comment est-ce qu'on fait pour ne pas montrer la pulsion? Alors on a besoin d'une sorte d'embrayeur de langage pour que ces désirs s'agencent plus ou moins pacifiquement, pour faire la paix finalement. Le petit, ça fonctionne de cette manière comme une sorte de police du désir. C'est une sorte d'euphémisation du désir. Petit, c'est une minoration des pulsions. Parce que quand on dit petit, par exemple, on dit “Je vais m'acheter un petit top”. C'est pas la taille qui est visée, hein, l'ajout petit ça dit pas que l'habit acheté est trop étroit ou trop petit. Il ne dit rien de la taille de l'objet. Le petit ça opère selon une autre modalité. C'est, dans cette société du tout pulsionnel, donc de la consommation, une manière de modérer, de timorer l'expression du désir. Au lieu de dire “Je veux ça”, ou “Je désire ça”, on dit “Je voudrais ce petit ceci ou ce petit cela”. Et donc on voit finalement comment ce petit rend la cohabitation des pulsions exacerbées possibles. (…) (Mythophonies, Fragment 2, France Culture, 2008-08-07)

Ajout au fragment 6. Les petites phrases en politique
Il y a une sorte de narcissisme de l'espèce humaine qui a fait qu'on a pensé pendant longtemps les choses en termes de grand, de grand récit, de grande œuvre, de grandes choses, de grandes transformations. (…) Ce à quoi se réduit la politique, c'est la petite phrase. Et la petite phrase elle dit quelque chose d'assez juste de notre place dans le monde aujourd'hui, c'est-à-dire une façon de s'adapter au milieu, une sorte de mode d'être dans la bulle, dans la bulle médiatique surtout, c'est à dire où on a une sorte de jeu qui consiste à remplacer le discours qui fait sens, hein le grand discours qui fait sens, par la petite phrase qui fait signe, et où on a donc une occupation de l'espace médiatique avec des petites phrases, des petites phrases qui se moquent, qui fustigent, qui sont finalement des figures dénarcissisées de l'impuissance et de la mondanité réduite*. (Mythophonies, Ajout au fragment 6, France Culture, 2008-08-07)

Note
* Nota : Cette expression pourrait se traduire de façon encore plus explicite par : impotendis reductionibus mondanitatemque figurae anarcissiseodidae sp. et cuisinae ou, mieux, par 无水仙的数字无力感和世俗的减少, qui est probablement encore plus claire que la précédente.

2008-08-02

La solitude et l'ennui

Yangshuo et Guilin - Photos : Renaud Bouret

Il y a des moments où notre vie semble désespérément vide. Il ne nous reste plus qu'à attendre et espérer.

La pancarte accrochée devant l'entrée de l'auberge indique 有房 (chambres disponibles).
1. 旅馆 lǚguǎn hôtel, auberge
2. 有 yǒu avoir, il y a
3. 房 fáng maison, chambre

On peut s'ennuyer, même quand on est assise à côté de son fiancé. Selon la règle, le spleen accable les oisifs tout en épargnant les trimardeurs.

2008-07-26

La basse-cour

Guilin - Photos : Renaud Bouret

C'est bien connu, la jeunesse est agitée et insouciante, même chez les poulets chinois.

Ces dames, en route pour le poulailler après la promenade du dimanche, sont déjà plus raisonnables.

Ce type évite la compagnie, histoire de se mettre bien en valeur.

Que de fierté, alors qu'on sera toujours victime d'un destin tragique. Les poules ont beaucoup à nous apprendre.

Post-scriptum :
On a beau jeu de se moquer de la volaille. Je sais, pour avoir élevé des poules entre l'âge de 5 ans et 11 ans, que ce sont des animaux intelligents et sensibles. Ma poule préférée ne manquait pas de manifester sa joie en me voyant, et de tendre ses ailes pour que je la saisisse plus facilement.

2008-07-20

La sécurité sur le chantier

Yangshuo
Photo: Renaud Bouret

Sur les petits chantiers, les échafaudages sont souvent construits en bambou, matériau réputé aussi solide que l'acier et moins sujet à la « rouille ».

Sur les petits chantiers, on voit encore de ces vieux camions de l'époque communiste, qui émettraient de 100 à 1000 fois plus de souffre que leurs collègues européens et japonais. Sachant que plusieurs millions de ces étouffeurs de chrétiens sont encore en circulation, on peut se livrer à une petite multiplication instructive. De quoi donner le vertige aux gens les plus optimistes quant à l'avenir de l'atmosphère terrestre.

Sur les petits chantiers, on construit souvent des murs en brique sans armature. On y bâtit aussi de solides infrastructures à des vitesses record. Dans le sud, les ouvriers du bâtiment, originaires des campagnes, portent le traditionnel chapeau de paille.

En face de ce petit chantier, une pancarte réglementaire incitant les entrepreneurs et leurs employés à la prudence. On y rappelle notamment que le port du casque est obligatoire sur un chantier (进入施工现场必须带好安全帽). La partie gauche de la pancarte énumère les différents maîtres d'œuvre du chantier, depuis le gestionnaire de projet jusqu'à l'électricien, en passant par le charpentier et, bien évidemment, le responsable de la sécurité. Il ne manque plus que les noms de ces personnages (à inscrire dans les cases laissées vides).

Traduction du vocabulaire

1. 进入 jìnrù entrer, accéder
2. 施工 shī=gōng exécuter des travaux, ouvrir un chantier
3. 现场 xiànchǎng sur les lieux
4. 必须 bìxū il faut absolument
5. 带 dài emmener, bande, porter
6. 好 hǎo bien, bon
7. 安全 ānquán sûr, sécurité
8. 帽 mào coiffure, chapeau

2008-07-11

Les radeaux de bambou

Ce soir, nous serons de retour au Québec, après un voyage de plus de 24 h. Nous continuerons cependant à publier quelques images de la région de Guilin, avant de trouver une nouvelle source d'inspiration.

Guilin - Photos: Renaud Bouret

Le bambou est dur, léger, imputrescible. Il pousse à vue d'œil. On peut s'en faire un repas, une maison ou un radeau.

Quand le radeau transporte du fret, on le conduit généralement à la gaule et à la rame.

Les passagers d'aujourd'hui sont moins patients que les marchandises. Leur but n'est pas de se rendre à un point quelconque, mais d'y arriver le plus vite possible pour en repartir aussitôt. Le radeau de bambou moderne est donc souvent motorisé.

Dimanche, en début de soirée : l'heure de la promenade. Au lieu de sortir sa vieille bécane dans des rues désormais encombrées et polluées, pourquoi ne pas mettre à l'eau le vieux radeau familial rongé par la mousse?

2008-07-10

Les marcheurs


Photos: Renaud Bouret

À la campagne, la vie va au rythme de la marche à pied. Sous les tropiques, les femmes sortent souvent avec leur ombrelle, pour garder la peau blanche, sauf, bien sûr, lorsqu'elles vont aux champs, auquel cas elles portent un large chapeau de paille.

Le plus souvent, on se déplace pour transporter des marchandises. La palanche est alors l'instrument le plus utilisé, sur des chemins pas toujours carrossables.

Même au fin fond de la campagne, il y a toujours un fil électrique qui se balade en travers du ciel.

2008-07-09

Nettoyage

On nettoie les lieux privés.
Photos: Renaud Bouret

Certains prétendent que la Chine est sale. D'autres disent qu'elle est en perpétuel nettoyage. Les plus méchants expliquent que tout ce qui est privé est maintenu dans un état de propreté impeccable, alors que le reste du pays sert de poubelle. Toujours est-il que, si beaucoup de gens salissent, il y en a aussi un grand nombre qui nettoie.


On nettoie les sentiers, entre deux pauses.


On nettoie même les voies d'eau.


Un spécimen plutôt rare de laveur de bicyclette