2007-03-07

Chansons

On joue, dans le coin, diverses chansons japonaises de la fin des années 1960, et beaucoup me séduisent instantanément, paroles, musique et interprétation. La plupart ont été composées avec des guitares sèches ou des pianos acoustiques. Histoires simples mais évocatrices, voix riches et subtiles. Quelques arrangements agacent, peut-être. Ils sentent trop la mode… la mode de la mode… et la mode, c'est ce qui se démode. Un simple détail, après tout.

Bai Lide à Cuba en 1995 Bai Lide à Cuba

Beaucoup de chansons actuelles (à partir de 2000), du Japon et d'ailleurs, me laissent froid, pour la plupart. Réflexe de vieux croulant? Peut-être. Les paroles détonnent avec la mélodie, les accents des mots ne correspondent pas à ceux de la musique, les phrases sont plus niaises que naïves. Les voix sont plates, truquées, sans subtilité, noyées par les instruments. L'orchestration est écrasée par une batterie électronique, tout droit sortie d'un fichier midi.

Pourquoi mes chansons déplaisaient-elles à mes parents? Pourquoi celles de mes enfants me consternent-elles? Simple phénomène de génération? Trop facile, trop banal, trop éculé, trop superficiel. Il doit y avoir une autre réponse, comme toujours.

En voici une d'explication, toute simple mais peut-être fausse. Ces chansons japonaises, inconnues, je les écoute avec mes oreilles. Les jeunes écoutent leurs tubes avec les yeux. Les vieux écoutaient leurs rengaines avec les pieds.

Moi, je ne connais des chanteurs que le nom. Quelle tronche ont-ils, comment sont-ils fringués, combien sont-ils cotés en Bourse? Je l'ignore. Pour moi, ils ne sont que des voix : éclatantes, chaleureuses, éraillées, espiègles, emphatiques, émouvantes, parfois pitoyables. Par contre, quand mes parents découvraient une chanson, c'était à travers la danse. Et lorsqu'ils l'entendaient à la radio, elle évoquait les plaisirs du bal, des corps essoufflés, des pas habiles, des sourires échangés. Quant aux jeunes, leurs chansons naissent dans les vidéoclips. Ils les voient avant de les entendre. D'ailleurs, certains n'ont peut-être jamais chanté eux-mêmes. Peu importe alors que beaucoup de ces chansons soient composées par des ignares, qui recherchent la rime pauvre, qui ne connaissent que trois accords et qui n'en utilisent que deux, qui créent des mélodies sur une note et demi, et qui ne maîtrisent que ce sale robot de synthétiseur.

Les choses que ces chanteurs produisent ne sont peut-être pas toujours des chansons, mais elles restent, malgré tout, chargées de sens pour leurs groupies. Si on ne s'entend pas entre générations, c'est tout simplement parce qu'on ne parle pas de la même chose.

1 commentaire:

ernest a dit...

Extraordinaire !
La vidéo d'une nouvelle chanson inédite de Francis Cabrel sur le blog www.thedino.org
Il y parle de la vie en général, des nouvelles technologies, et puis de ses relations avec sa mère, et son frère.
Un texte superbe, et puis sa voix unique !
Ca s'intitule : FRANCIS CABREL - DROIT DE REPONSE
Bisous,