2008-06-16

L'Université du tourisme de Guilin

Quelques salles de classes dans un des nombreux bâtiments de l'Université du tourisme de Guilin

Guilin compte maintenant quatre grandes universités qui accueillent environ 50 000 étudiants, dont 8000 à l'Université du tourisme, située depuis quelques années dans une lointaine banlieue.

Plusieurs professeurs de français enseignent à l'Université du tourisme, qui nous reçoit aujourd'hui. Les professeurs étrangers reçoivent un salaire de 3300 renminbis par mois. On leur fournit un appartement climatisé, muni d'un unique radiateur électrique. Comme Guilin est située au sud du Yangze, les bâtiments ne sont habituellement pas chauffés. Les étudiants gardent donc manteaux et gants pour assister aux cours lors des jours les plus froids de l'hiver.

Le campus de l'Université du tourisme après la décrue

Les inondations récentes n'ont pas épargné l'Université du tourisme, coupée du reste du monde pendant quelques jours. Nous avons rencontré un jeune étudiant chinois qui a osé traverser le lac formé par la crue soudaine, au péril de sa vie (il parle bien français mais il ne sait pas nager). Il a pu ainsi ravitailler les filles de sa classe, qui n'ont pas manqué de souligner son héroïsme.

 

Sur le chemin du retour, un reste de mousson balaie la route. Cela n'est pas pour réduire les ardeurs des bidasses à l'entraînement.

2008-06-15

Le salon du français

Le salon de français se tient tous les dimanches de 19h30 à 21h30, dans une salle de l'Université d'électronique du Guangxi. Sur les pupitres, on retrouve les éternelles «pompes» gravées au stylo: formules de physique à l'occidentale et théorèmes en caractères chinois.

Le sujet du jour: Si vous aviez à enterrer cinq objets dans une boîte, afin de faire connaître aux générations futures la Chine d'aujourd'hui, quelle serait votre sélection? Le hasard a voulu que la finale se dispute entre une équipe de sept garçons et une équipe de huit filles.

Oh surprise, les réponses de deux groupes se ressemblent étrangement, avec une prédilection pour le sport.

Garçons Filles
1. La torche olympique 1. La bougie du tremblement de terre du Sichuan
2. La photo de l'astronaute Yáng Lìwěi (杨利伟) 2. La torche olympique
3. La photo de Liú Xiáng (刘翔), premier médaillé d'or chinois (110 mètres haie) 3. La photo de la fusée spatiale chinoise
4. Un ballon de football (première participation de la Chine à la coupe du monde) 4. La photo de Liú Xiáng
5. La mini voiture QQ, modeste, écologique et chinoise (NB: introuvable sur le campus) 5. Le livre sur l'éducation Moins un degré (零下一度) de Han Han (韩寒)

2008-06-14

La décrue

Le niveau de la rivière Lijiang a baissé de plusieurs mètres. La couleur de l'eau commence à s'éclaircir.

Pour traverser ce pont, il suffit de marcher sur la rampe.

Sur la petite île, Xiao Pang a repris son entraînement au Wushu.

Pour ce pont-là, il faudra encore patienter.

2008-06-13

La mousson

Cette nuit, atterrissage à l'aéroport des Deux-Rivières sous les dernières trombes d'eau de la mousson, qui sévit depuis quelques jours. La route de Guilin est coupée. Nous faisons un long détour.

Pour obtenir un visa pour la Chine, en cette année des Jeux olympiques, il faut non seulement exhiber un billet d'avion aller-retour, mais avoir réservé et payé une chambre d'hôtel, ou bien montrer une lettre d'invitation. Aussi, plusieurs places étaient-elles dégarnies sur le vol Toronto-Shanghai.

Dès mon réveil, je me prépare à lever le camp et déménager vers une auberge abordable. Dernier coup d'œil au balcon de ma chambre: grande flaque d'eau sur le sol et fil électrique suspendu au dessus d'un fauteuil en rotin mouillé — chambre standard.

Il me reste deux jours avant de rencontrer les professeurs de français des universités locales, en vue de prospecter sur les possibilités d'échanges d'étudiants et de personnel. Pour le moment, allons faire un tour au bord de la rivière Lijiang, toute proche, après avoir acheté un parapluie. Pour lutter contre le décalage de 12 heures, rien de tel que de passer la journée en pleine lumière.

Une branche dépasse des flots tumultueux et boueux du Lijiang. Tiens, me dis-je, voilà une branche solidement accrochée pour résister ainsi au courant. Je découvrirai demain (photo ci-contre) que cette branche appartient en fait à un arbre de cinq mètres de haut, actuellement submergé.

2008-06-12

Faire une différence

Affiche publicitaire de Zoom Média exposée dans les Cégeps du Québec (printemps 2008)

Zoom Média soutient ces organisations à travers le Canada.
Merci, grâce à votre aide, nous avons été capables de faire une différence.

Cette affiche est remarquable par la densité de ses anglicismes au centimètre carré. À tel point qu'il est plus facile de la traduire en anglais qu'en français :

Zoom Media supports these organizations throughout Canada.
Thank you. Thanks to your help, we have been able to make a difference.

Luc Labelle, dans son excellent dictionnaire Les mots pour le traduire (ISBN 2-9808773-1-X) donne, par exemple, une dizaine de traductions pour le verbe anglais support, qui embarrasse tant les faux traducteurs : être favorable, défendre l'idée de, cautionner, faire sien, faire cause commune avec, être solidaire de, apporter son soutien, patronner, entretenir, etc. Quant à faire une différence, c'est non seulement un barbarisme, mais une absurdité (différence entre quoi et quoi?). Luc Labelle propose : changer le cours des choses, y changer quelque chose, peser sur, faire pencher la balance.

Throughout Canada peut se traduire par dans tous le Canada, de la même façon que top floor correspond à dernier étage. L'anglais est plus concret, le français plus conceptuel. La première phrase deviendrait Zoom Média subventionne des organismes dans tout le Canada ou Zoom Média subventionne tous ces organismes canadiens (dont le nom apparaît à l'arrière-plan).

Grâce à votre aide est presque un pléonasme. Grâce à vous suffirait amplement. Nous avons été capables est alors presque inutile, ou du moins trop lourd. La deuxième phrase se traduirait par : Grâce à vous, nous avons pu faire pencher la balance ou Grâce à vous, nous avons fait pencher la balance. Ça ne veut pas dire grand chose — après tout, il s'agit de langage publicitaire — mais au moins, c'est français.

2008-06-09

L'ange de miséricorde

Futur Bái Lìdé dessiné par ses premiers élèves
École Philémon Wright - Gatineau (Hull) - Décembre 1976

Il y a longtemps que je voulais être professeur.
Puisque j'étais diplômé en Sciences économiques, ils m'ont fait enseigner les mathématiques.

Puisque j'étais prof de mathématiques, ils m'ont fait enseigner les sciences naturelles.

Puisque j'étais prof de sciences naturelles, ils voulaient me faire enseigner la physique et la chimie.
J'ai fini par quitter cette école et je suis devenu professeur d'économie.

2008-06-04

Car et parce que

Le Car et le Parce que
Dessins de Rié Mochizuki

Jusqu'à l'âge de l'école, je ne connaissais que le parce que. Les Italiens du coin disaient d'ailleurs « pourquoi » : « Ma mère, elle nous a pas laissés sortir pourquoi il pleuvait trop fort ». Et puis, soudain, en plein milieu de la classe de français, la bonne sœur nous apprend l'existence d'un nouveau mot : car. Une sorte de remplaçant au parce que, quand on veut éviter les répétitions, du moins dans la langue écrite. Mais attention les enfants, il y a, entre les deux termes, une nuance réelle, quoique difficile à saisir. Les grammaires sérieuses appellent le premier « conjonction causale explicative », et le second « conjonction causale démonstrative ».

Tout ça ne portait pas vraiment à conséquence. Il suffisait de semer quelques car dans ses textes et la bonne sœur était satisfaite.

Puis, en montant en grade, les choses se sont compliquées. Les professeurs se sont insidieusement mis à raturer certains des parce que et des car qui émaillaient les rédactions. Tantôt le parce que était interdit, tantôt c'était le car, et parfois les deux étaient admis. Heureusement, bien des années plus tard, alors que je m'escrimais péniblement sur les particules du chinois, j'eus la révélation d'un principe simple qui explique bien des mystères de la grammaire française.

    Prenons l'exemple classique de Legrand (Méthode de stylistique française, J. de Gigord, Paris, 1966)
  • 1. L'éther soulage la douleur d'une brûlure parce qu'il se vaporise très promptement. (Explication)
  • 2. L'éther soulage la douleur d'une brûlure car il se vaporise très promptement. (Démonstration)

Ici encore (voir nos précédents billets de la rubrique linguistique), tout est question de distinction entre ce qui est présupposé par les interlocuteurs et ce qui n'a pas encore été déterminé. Dans l'exemple 1, la phrase suit l'ordre de la pensée : on énonce un fait (l'éther soulage la douleur d'une brûlure) et on en propose la raison (il se vaporise très promptement). Dans l'exemple 2, la seconde partie de la phrase est cette fois la première idée qui est venue à l'esprit du locuteur : le remplacement de parce que par car sert à signaler cette inversion. L'exemple 2 aurait pu s'écrire : C'est parce que l'éther se vaporise très promptement qu'il soulage la douleur d'une brûlure (et non pas : C'est parce qu'il se vaporise très promptement que l'éther soulage la douleur d'une brûlure).

    Les deux structures de base peuvent se représenter ainsi, A étant la première idée venue à l'esprit et B, la seconde :
  • A parce que B
  • B car A

Le choix de parce que et de car ne relève donc pas d'une simple nuance, mais modifie carrément l'ordre logique des éléments du message.

    On peut ajouter aux deux modèles de base les structures suivantes :
  • A donc B (ordre normal)
  • Puisque B, [alors] A (ordre inversé)
  • Comme B, A (ordre inversé)
    Regardons les deux exemples suivants :
  • 1. Tu n'iras pas jouer car tu n'as pas fini tes devoirs.
  • 2. Il n'ira pas jouer parce qu'il n'a pas fini ses devoirs.

Dans le premier exemple, l'ordre de la pensée est le suivant :
A = Paul n'a pas fini ses devoirs. (Paul, à qui on s'adresse, en est parfaitement conscient.)
B = Paul n'ira pas jouer. (C'est la conséquence de A.)
On utilise car pour marquer le renversement entre l'ordre de la pensée et l'ordre du message.

Dans le second exemple, l'ordre du message correspond à l'ordre de la pensée :
A = Paul n'ira pas jouer. (On en informe une tierce personne, qui n'est pas au courant.)
B = Paul n'a pas fini ses devoirs. (On lui en précise la cause.)

    On peut constater que l'inversion de l'ordre des propositions n'est possible qu'avec parce que :
  • × Car tu n'as pas fini tes devoirs, tu n'iras pas jouer. (Phrase non grammaticale)
  • Parce qu'il n'a pas fini ses devoirs, il n'ira pas jouer.

Dans cette dernière phrase avec parce que, l'ordre du message correspond encore à l'ordre de la pensée :
A = Paul n'a pas fini ses devoirs.
B = Paul n'ira pas jouer. (C'est la conséquence de A.)
Par contre, étant donné que car marque l'inversion entre l'ordre de la pensée et celui du message, il ne peut être placé que devant la seconde proposition.

En général, les formes en parce que et en car sont possibles simultanément : tout dépend de l'intention du locuteur. Mais parfois, le sens du message interdit la forme en parce que :

  • Il doit être sourd car il n'a pas sursauté au bruit de l'explosion.

Ici, la première partie de la phrase ne peut se concevoir si la seconde n'a pas été préalablement considérée par le locuteur.

2008-06-01

Le rival


« La science a contribué à brouiller la frontière entre l'homme et l'animal. (…) Un chimpanzé est bien plus proche d'un humain, dont il partage 98,5 % de l'ADN, que d'une éponge ou d'un escargot. »
(Catherine Halpern, Sciences Humaines, Juin 2008, N° 194)

«  Certains animaux ont des pieds; d'autres n'en ont pas (…)
La chauve-souris a des pieds, de même que le phoque a également des pieds, quoique mal conformés. »
(Aristote, Histoire des Animaux, Traduction de J. Barthélémy-Saint Hilaire)

« C'est fou ce que la carcasse du canard ressemble à la nôtre. On ne peut pas en dire autant de celle de l'escargot. »
(Cro-Magnon, après un bon repas autour du feu)

Grâce à la révolution technologique, l'homme peut s'émerveiller des plus banales évidences. Or, tout récemment et malgré notre ignorance totale sur l'ADN, nous avons pu nous livrer, entre deux averses, à une expérience significative sur ce qu'il est convenu d'appeler la distance génétique.

Observons d'abord cet escargot doré traversant un chemin vicinal entre 9h et 11h. (Ses congénères, situés dans un rayon de trois mètres, n'apparaissent pas dans le champ de la caméra.) Pendant toute la durée de l'éclaircie, nous n'avons observé aucun comportement agressif chez ces gastéropodes. Ce qui nous fait dire, in petto : « Ces bestioles n'ont rien d'humain. »

Nous nous sommes ensuite dirigés vers les berges de la rivière, où nous avons rencontré une bande d'anatidés de l'espèce platyrhynchus. Dès le premier instant, il a été clair que ces bipèdes à plumes agissent comme leurs proches cousins, les Homo sapiens, lorsque ceux-ci fréquentent les discothèques. À vue de bec, nous devrions avoir facilement 80 % d'ADN en commun.

Cette cane, qui vient de repérer un séduisant canard portant col et cravate, lui lance les signaux habituels. L'heureux élu (hors champ) répond discrètement aux avances de la belle.

Voilà-t'y pas qu'un rival, qu'on n'avait pas sonné, s'amène sur la piste de danse. Le premier canard tombe sur lui à ailes raccourcies et se met à le poursuivre, en éclaboussant au passage les autres danseurs (hors champ).

Tout est bien qui finit bien. Le premier canard a réussi son examen et Mademoiselle, toutes plumes dehors, s'apprête à lui accorder la première valse.

« Vous ne trouvez pas qu'il fait un peu chaud ici? Si nous allions faire un tour sur l'autre rive? »
(Il est à noter que nos cousins palmipèdes se déplacent de la même façon que le font les humains bien élevés, lorsque ceux-ci montent un escalier : Madame devant et Monsieur derrière.)

Aussitôt dit, aussitôt fait. Et ils eurent beaucoup de canetons.
(NB. Monsieur assistait à une partie de hockey au moment où ce dernier cliché a été pris.)