2009-02-23

Le visage des Québécois (3)

Québécois N°5.

Le visage des Québécois des années 1970 et 1980
Dessin de Renaud Bouret
Couleurs de Rié Mochizuki
Février 2009

Les Québécois des années 1970 n'ont pas le même visage que leurs parents. Ils n'ont pas le même visage que leurs enfants. Ils ne racontent ni le même vécu ni les mêmes aspirations.

À vous de deviner ce qu'ils font dans leur vie…

Québécois N°6.

Québécois N°7.

Québécois N°8.

Voir d'autres visages de Québécois.

2009-02-16

Malédiction jusqu'à quarantième génération

Les castors auraient-ils du sang européen?
Photo: Renaud Bouret

Conversation entendue sur les ondes de Radio France international, le 9 février 2009, à propos de la déforestation en Amazonie. L'expert décrit l'étendue du désastre. On approche du point de non retour. Les zones boisées seront bientôt trop restreintes pour permettre à la forêt tropicale de survivre.

La journaliste s'empresse de préciser : « Oui, mais il faut avouer qu'en Europe, nous sommes mal placés pour donner des leçons là-dessus. » La journaliste doit faire référence au grand défrichement des débuts du deuxième millénaire. Faut-il en avoir, de la mémoire!

Sur le moindre sujet et à tout bout de champ, il faut qu'un Européen batte sa coulpe et endosse les péchés commis par ses obscurs ancêtres. Mille ans se sont écoulés depuis la faute, mais il n'y a pas de prescription pour les Européens. Ils offriront bientôt de dédommager les barbares victimes de l'empire romain.

Ce qui est le plus étrange, c'est que l'Europe est, depuis plus d'un siècle, la championne du reboisement. La France, a cet égard, possède une politique de gestion des forêts exemplaire.

Faut-il vraiment en vouloir aux Européens du Moyen Âge, eux qui plaçaient le rêve de poule-au-pot au-dessus des croisades écologiques, d'avoir défriché les meilleures terres arables? D'ailleurs, s'ils ne l'avaient pas fait, Radio France international existerait-elle aujourd'hui?

Mais aujourd'hui, la forêt, comme tout objet de nature – la terre, les plantes sauvages, les animaux et les peuples restés dans l'innocence première – est sacrée. L'homme dont le lointain aïeul a osé abattre la cognée sacrilège se doit d'endosser la faute et de faire pénitence, même si quarante générations se sont écoulées depuis. L'absolution est à ce prix. Après quoi, le brave Européen du XXIe siècle sera pardonné, et il pourra rouler, l'âme toute propre, jusqu'au temple de son hypermarché favori.

2009-02-07

Du temps où les animaux n'étaient pas des hommes

Les Thermes d'Antonin à Carthage. Noël 1980
Photo : Renaud Bouret

On ne peut à la fois vivre sa vie et en être l'observateur impartial. Avec le recul, certaines façons de voir les choses, certains actes de notre passé nous paraissent crus et brutaux. Mais il est bien commode de se retrouver assis dans le fauteuil du juge satisfait, n'ayant pour seul souci que d'hésiter entre une légitime condamnation et une généreuse absolution.

Quand j'étais enfant, il était normal pour mes petits congénères et moi-même de nous montrer sans pitié envers les animaux. Oh, ce n'est pas que les choses aient beaucoup changé aujourd'hui — les poules et les veaux dans leur cage, les agneaux et les jeunes dromadaires qui attendent d'être rituellement égorgés le confirmeront — mais, officiellement, on leur doit le respect. Il est même illégal de les maltraiter, quoiqu'on ait toujours le droit de les manger. Faute d'honorer Dieu, en qui on ne croit plus, on s'est mis à honorer son œuvre. Un excellent alibi pour l'homme qui cherche à manifester ostensiblement son humanité.

Autrefois, les parents n'avaient pas le loisir de surveiller sans cesse le monde des enfants. Ils se contentaient de craindre, pour leur progéniture, les maladies, les accidents et les mauvaises fréquentations. Quand la sécurité était assurée, c'était déjà un soulagement. Il y avait, à l'époque, beaucoup trop d'enfants et pas assez de parents pour qu'il en soit autrement.

Les enfants possédaient donc leur propre monde, avec ses lois, ses coutumes, ses légendes et son savoir-faire ancestral. Les plus petits subissaient l'influence des plus grands, et parfois leur autorité, mais rarement leur violence. Car, dès qu'un grand abusait de sa force, tout adulte, qu'il soit parent ou étranger, avait le droit et le devoir d'intervenir.

Il était normal, en ce temps-là, dans notre coin de pays, de maltraiter les animaux. Du moins pour les enfants, puisque les adultes considéraient le monde des bêtes comme un simple décor. Pour nos parents, seuls les animaux dotés d'un légitime propriétaire existaient vraiment : les chiens baptisés, les canaris en cage, les chevaux de course, les vers à soie, et jusqu'aux poissons rouges des bassins extérieurs et aux tortues enfermées dans une plate-bande. Le reste ne comptait pas. Le reste était abandonné à la tyrannie des enfants.

Les animaux sans maîtres étaient soumis à trois types de destin. La captivité, pour l'amusement des geôliers, était réservée aux petites bêtes : grenouilles, escargots, lombrics, scarabées à corne ou criquets migrateurs. Cela se terminait parfois par des mutilations ou par la mort, peine à laquelle étaient aussi condamnés, inévitablement, les animaux dits nuisibles : moustiques, mouches, scorpions. Les plus grosses bêtes étaient souvent chassées à coups de pierre : chats errants, chiens galeux ou rats des haies.

Avant d'énumérer quelques-uns des mauvais traitements prodigués aux animaux, il nous faut rappeler que notre société, à l'époque, avait bien d'autres chats à fouetter que de penser au bien-être de nos frères inférieurs. Les gens modestes rêvaient aux dimanches ou aux congés fériés, ces jours où l'on mangeait enfin de la viande. Les pauvres se contentaient de manger tout court, et se réjouissaient quand leur récolte quotidienne de pain rassis les mettait à l'abri de la faim jusqu'au lendemain. Même les familles réputées à l'aise vivaient dans l'angoisse, celle de voir leurs enfants enlevés par la méningite ou mutilés par la polio. Dans ces conditions, qui se souciait des petits arracheurs de pattes de sauterelles?

Car on les arrachait, une par une, les pattes de ces demoiselles, qui finissaient par ressembler aux sveltes syngnathes des Ports puniques, presque indécentes. On les déshabillait, patiemment, quand les brûlantes après-midi d'été ne cessaient plus de s'éterniser. Et jusqu'à sept ans, l'âge de raison, on écrasait systématiquement les scarabées noirs qui ne s'enfuyaient pas assez vite. Plus grand, on se contentait de suivre leurs traces d'autochenille sur le sable, quitte à piquer sur l'ennemi surpris dans sa retraite et à l'enterrer sous une dune, ce qui restait cette fois sans conséquence. Les escargots qui traînaient sur la route devaient faire attention à leur fragile blindage. Les vers de terre rendaient souvent leur dernier soupir dans un bocal rempli d'eau. Quelques crapauds, qui commettaient la faute de se mêler à un jeu d'explorateurs de brousse, se retrouvaient attachés à des poteaux de torture improvisés, quand ils n'étaient pas ficelés au dessus d'un fascinant feu de branchettes, à l'aide de brins de raphias arrachés à un vieux tutu. Ne parlons pas des mouches incarcérées dans leurs cages artisanales : le plafond et le plancher étaient constitués de deux rondelles de liège, taillées dans le bouchon d'une bouteille de vin, sur le pourtour desquelles on piquait une série d'épingles, solidement enfoncées. Un de ces barreaux pouvait être relevé, en guise de porte. La cage était parfois suspendue à une poignée de fenêtre, sous le regard conquérant des Louis XI en culottes courtes. Il était rare qu'on relâche les mouches. Elles devaient expirer dans leur prison, quand on les avait oubliées. D'ailleurs, les adultes ne se privaient pas de les massacrer, avec leurs redoutables chasse-mouches règlementaires, surtout lorsqu'elles approchaient de la cuisine ou de la chambre du bébé.

Chaque quartier de banlieue abritait ses chats à demi sauvages. Les bambins s'amusaient à leur faire peur, en tapant du pied tout en poussant leur cri de guerre, un « pssshiiiit! » réputé épouvantable. C'est quand même quelque chose, de pouvoir terroriser un être vivant, quand on vit soi-même dans la hantise perpétuelle de la punition. Nos grands frères se montraient plus audacieux, eux qui canardaient les chats avec des cailloux, et qui manquaient généralement leur cible.

Toutes ces bestioles ennemies avaient le don d'ubiquité. Le matin, les autorités familiales avaient exterminé la souris qui nichait sous le clavier du piano de grand-mère. Puis, l'après-midi, une souris se faufilait sous la porte de la cuisine et l'on s'exclamait : la souris est ici! Car il n'y avait pas une souris X, une souris Y ou une souris Z. Il y avait la souris. Contrairement aux hommes, constitués de différents individus facilement identifiables, chaque espèce animale formait une race homogène. Quand un chat noir avait commis un crime, il était tout à fait normal de canarder le premier chat blanc rencontré et de se dire, satisfait, « j'ai châtié le chat ».

Dans le pays, les seuls enfants qui s'opposaient à ces traitements inhumains envers la gent animale appartenaient à une famille d'étrangers, que l'on appelait « les Français », quoiqu'ils fussent nés au Sénégal. Comme leurs parents, biologistes ou géologues, ces nouveaux venus nous apportaient un message différent de celui de la tradition enfantine reconnue : « Pourquoi faire du mal à ces petites bêtes, qui ne nous ont rien fait. » Si la logique de ce raisonnement nous échappait, cela avait au moins le mérite de relativiser notre façon d'envisager le monde des animaux. Tout en restant convaincus de la justesse de notre point de vue, nous découvrions que celui-ci ne faisait pas l'unanimité sur la terre.

Les bien-pensants d'aujourd'hui frémiront d'horreur en lisant ces lignes. Mais ont-ils jamais été témoins de l'enlèvement d'un poussin, quand un coin de grillage s'est décloué dans la clôture du poulailler, et que l'attention de la mère poule s'est relâchée. Cette tendre boule de duvet jaune, éclose après trois semaines de patience maternelle et caressée tous les jours par le petit maître, ce mignon petit être palpitant de vie demeure sous la menace constante du chat errant. Le félin sanguinaire aura fini par massacrer la moitié de la couvée avant qu'elle ne soit assez grande pour échapper à ses griffes acérées. Sus au chat! À la guerre comme à la guerre! On y pleure ses soldats tout en étant soulagé de voir tomber ceux de l'ennemi. Les choses n'ont guère changé dans ce domaine.

Il m'est arrivé, un jour d'oisiveté, de poursuivre un matou jusqu'au fond d'un terrain vague, en bondissant lestement par-dessus les murets, et de coincer la bête entre le mur d'enceinte et un massif de cyprès. Et ma main qui saisit une grosse pierre et la lance, gauchement, presque à regret, mais il est déjà trop tard. Et le chat qui la reçoit sur le flanc, en grimaçant, sans être vraiment blessé, et qui se retourne, furieux, contre moi, toutes griffes dehors, et qui n'a d'autre ressource, pour s'échapper, que de me sauter au visage. Et cette lourde pierre grise, usée, arrondie, qui gît, inerte, sur une touffe d'avoine séchée, cette pierre muette rescapée des ruines de Carthage. Et ce ciel plombé, réprobateur, insolite, comme si le temps était soudain suspendu. Pour la première fois, un chat soutenait mon regard, et je lisais dans ses yeux un pesant reproche. Ce fut ma dernière victime. Je venais de quitter l'enfance.

On ne naît pas homme, on le devient, avec le temps et le secours des autres hommes.

Mon oncle me raconta un jour comment, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, son navire avait rencontré un sous-marin allemand, au large de Gibraltar. Le vent de la guerre avait déjà tourné en faveur des Alliés, et la partie devenait inégale. Mais les Allemands se battaient bravement et pouvaient encore faire des ravages parmi nos troupes. Enfin, une torpille française atteignit sa cible. Les débris du sous-marin et de l'équipage remontèrent lentement à la surface. Quelle joie pour les marins français que d'avoir réussi leur coup, surtout après ces moments d'indécision et d'angoisse. On poussa des hourras, on se congratula, on s'embrassa. Et pourtant, me confia mon oncle soixante ans après la bataille, nous avions enlevé la vie à une bande de jeunes gens, des jeunes garçons comme nous, coulés, noyés sans un adieu à leurs parents ou à leur femme.

On ne peut à la fois vivre sa vie et en être l'observateur impartial. Et il est trop facile, dans le confort d'aujourd'hui, de juger les hommes d'autrefois.

2009-02-01

Sur les bords de l'Yser

Ce matin, en allumant le poêle à bois, une vieille chanson sur Napoléon trotte dans ma tête : « C'était un soir sur les bords de l'Yser… »

Impossible de trouver les paroles exactes sur Internet. Il semble que cette chanson soit belge et que Napoléon soit en fait le roi Albert. Après tout, si faction rime avec Napoléon, il faut reconnaître qu'Albert rime avec militaire et encore plus avec Yser.

C'est le genre de chanson que nous chantions autrefois, lors des longues sorties en auto aux quatre coins de la Tunisie, après Napoléon avait cinq-cents soldats et avant le pot-pourri de la Romance à ma façon.

Puis on a installé la radio dans les autos : au lieu de chanter en chœur, on s'est mis à écouter en chœur. Puis on a inventé le baladeur : maintenant on écoute tout seul. Dans un proche avenir, on pourra même utiliser des robots pour écouter les chansons à notre place et, pourquoi pas, faire le tour de la Tunisie sans nous.

Mais désormais, la chanson Sur les bords de l'Yser n'est plus introuvable, puisqu'en voici les paroles et la musique.

Écouter le fichier midi

SUR LES BORDS DE L'YSER

   |A        D               |A
C'était un soir sur les bords de l'Y-ser 
            |A                     |E7
Un brave sol-dat se trouvait en fac-tion 
             |A         D          |A
Vinrent à pas-ser trois jeunes mili-taires 
         |E7     B7         |E7
Parmi les-quels était Napolé-on.
            |E7               |A
    Qui vive là? Cria la senti-nelle 
            |E7                  |A
    Qui vive là? Vous ne passerez pas 
               |A       E7           |E7
    Si vous pas-sez craignez ma baïon-nette 
           |E7                   |A
    Retirez-vous vous ne passerez pas
      D     |E7                   |A
    Re-tirez-vous vous ne passerez pas! Halte-là!
     

Napoléon en fouillant dans sa poche
Tiens lui dit-il et laisse nous passer
Non répondit la brave sentinelle
L'argent n'est rien pour un soldat français
    Dans mon pays j'ai cultivé la terre 
    Dans mon pays j'ai gardé les brebis 
    Et maintenant que je suis militaire 
    Je resterai fidèle à mon pays
    Retirez-vous vous ne passerez pas! Halte-là!

Napoléon dit à ses camarades
Fusillons-le c'est un mauvais sujet
Fusillons-le à la lueur des astres
Fusillons-le et nous pourrons passer. 
    Fusillez-moi lui dit la sentinelle 
    Fusillez-moi vous ne passerez pas 
    Si vous passez craignez ma baïonnette 
    Retirez-vous vous ne passerez pas
    Retirez-vous vous ne passerez pas! Halte-là!

Le lendemain au grand conseil de guerre
Napoléon lui demanda son nom
Tiens lui dit-il voici la croix de guerre
La croix de guerre et la décoration.
    Que va-t-elle dire ma bonne et tendre mère 
    Que va-t-elle dire en me voyant si beau 
    La croix de guerre est à ma boutonnière 
    Pour avoir dit vous ne passerez pas
    Retirez-vous vous ne passerez pas! Halte-là!

2009-01-25

La fontaine des amours

La sensuelle Maria

    Ce film de Jean Negulesco (1954) illustre de façon éloquente trois des thèmes dominants du cinéma hollywoodien.
  • 1. Le bien et le mal proviennent de l'individu et non de la société. Supprimons le méchant et les problèmes se règlent. Avec un peu de volonté, le héros peut toujours trouver le bonheur ou faire le bonheur des autres.
  • 2. Les spectateurs sont des gens modestes qui aspirent au confort matériel. Leurs héros proviennent donc d'un milieu d'honnêtes et courageux travailleurs, et se dirigent vers des professions ou des mariages qui leur apporteront le luxe tant convoité.
  • 3. Il existe trois sortes de femmes : la vierge, la putain et la mère.

L'innocente Anita

Dans la scène finale, au bord de la fontaine de Trevi, les trois femmes retrouvent leurs amants respectifs. Mais les embrassades soulignent la différence fondamentale entre les trois personnages. Maria Williams (la « putain ») pose un baiser passionné sur la bouche de Giorgio. Ne s'est-elle pas déjà donnée à lui dans son humble appartement, après que nous l'ayons quittée, allongée sur le lit? Anita (la « vierge ») se blottit dans les bras de son prince, séducteur repenti qui saura attendre le mariage avant de la posséder. Miss Frances (la « mère »), se contente de donner le bras à l'écrivain qu'elle aimait secrètement depuis quinze ans, car elle est retombée à l'âge des amours platoniques. Elle peut se vanter, cette vieille fille en puissance, d'avoir sauvé le mariage de ses deux compagnes, grâce à sa « maternelle » intervention.

La maternelle Frances

Toutes trois avaient quelques points en commun: elles partageaient une luxueuse villa, malgré leurs salaires plus que modestes; elles aspiraient au but suprême de la vie d'une femme, c'est à dire à un mariage qui leur assurera une position sociale et un niveau de vie confortables; elles ont forgé leur propre destin en n'hésitant pas, le moment venu, à prendre d'audacieuses initiatives personnelles; ce sont des self made women bien Américaines.

2009-01-18

Conseils pour la saison des grands froids

Il y a deux ou trois mois, avant les grands froids, j’ai proposé à ma prof de japonais de lui réparer une crevaison sur sa bicyclette presque neuve. En défaisant le pneu, nous avons constaté que le fabricant (étranger, ça va de soi) avait utilisé des chambres à air de 68 cm de diamètre pour des roues de 60 cm de diamètre. L’ouvrier avait donc dû plier la chambre à air en accordéon, près de la valve : chronique d'une crevaison annoncée. Pourquoi avoir utilisé un matériel de la mauvaise dimension, sachant que le client allait tôt ou tard payer les pots cassés? Peut-être parce que le fabricant (non-canadien, évidemment) avait mis la main sur un lot considérable de surplus de l’armée de libération, à très bon marché. Voilà sans doute l’explication de la pandémie mondiale de crevaisons dont furent victime, l’automne dernier, des dizaines de milliers de vélos achetés au printemps précédent.

Ce matin, il fait moins trente-sept degrés, et ça va durer plusieurs jours. On n’en croit pas le thermomètre. Les bonnes âmes s’empressent de nous rappeler un bon conseil : « Ne sortez pas sans vous couvrir, on perd 80% de sa chaleur par la tête ». Ce principe de gros bon sens, qui fait presque force de loi, m’a remis en mémoire l’incident de la chambre à air.

Je puis en effet certifier, par expérience, qu’une roue crevée perd 100% de son air par le trou. J’en déduis que, lorsqu’il fait moins trente-sept, la chaleur sortira du corps par le trou le plus proche. Il ne faut donc pas non plus sortir pieds-nus ou le ventre à l’air, même si on a enfilé une bonne tuque sur la tête.

La version de la prof de japonais

毎年春から秋にかけて私の主な交通手段は自転車になる。仕事に行くのも、友達に会いに行くのも、買い物に行くのも、大体ほとんどを自転車に乗って出かけている。 バスと違って待ち時間も無いし、渋滞も関係無い。運動も出来て、お金の節約できるから良いことだらけ。去年は約7ヶ月間、ほぼ毎日自転に乗るという生活をしていた。

Chaque année, du printemps à l'automne, je me déplace principalement en bicyclette. Que ce soit pour aller au travail, pour faire des courses ou pour rendre visite aux amis, c'est presque toujours le vélo qui me sert de véhicule. Contrairement à l'autobus, je n'ai pas à attendre, j'évite les embouteillages, je fais de l'exercice, j'économise de l'argent, bref, je n'y trouve que des avantages. L'année passée, pendant sept mois, j'ai circulé à vélo tous les jours de ma modeste vie.

Ce chat aux allures de samouraï, qui se tient devant le hangar à vélo de la prof de japonais, ne semble pas se soucier de la température sibérienne.

ただ、それだけ自転車に乗ると、それなりに予期せぬ出来事も起こるというもの。 去年は、前輪と後輪両方を含めて、5回タイヤがパンクするという事態に遭遇してしまった。 7ヶ月の間に5回のパンク。 平均すると1ヶ月に1回はパンクした事になる。パンクする度に自転車屋へ行き、チューブを取り替えてもらっていた。1回や2回位なら良いけれど、これが3回以上になってくると自分でなんとかしたいと思い始めた。パンクする度に$10も取られるなら、自分でやったほうが断然安上がりだし・・・・。そう考えていた時に5回目のパンク。じゃあ、これを機会に自分でチューブ交換が出来るようになろうと思って、私のフランス語の先生、レナちゃんに聞いてみた。物知りのレナちゃんなので、自転車の大きさにあったチューブの調べ方、チューブを買う時に注意すること、そしてpneu crevéとかla chambre à airなどの新しい語彙まで教えてくれた。

とりあえず、レナちゃんが教えてくれたサイズのチューブをカナディアンタイヤで購入。 家に戻ってレナちゃんに電話すると、すぐに来てくれてさっそくやり方を教えてくれた。最初、タイヤをはずすのに手こずったけれど、それが終わると後は思った以上に簡単だった。 こんなことなら最初から自分でやればよかったと、ちょっと後悔・・・・。

でもこれで一応やり方もわかったし、今年はパンクしてもとりあえず自分で何とかできるはず。 ただ一度しかチューブ交換してないので(しかもほとんどレナちゃんがやってくれた)、どれだけしっかりと覚えているかはちょっと疑問。まあ、でもなんとかなるでしょう。 だめだったら、またレナちゃんに聞いてみようと企んでいる他力本願な私でした。

  Vocabulaire japonais

Table des alphabets kana

2009-01-11

La fumeuse de l'autobus

Sa place favorite, dans l'autobus, est la banquette transversale adossée à la cabine du chauffeur. Ses places devrait-on plutôt dire, car elle occupe trois quarts de siège pour son sac et un siège et quart pour son postérieur. L'autobus est bondé, tous les matins, mais ses congénères n'osent pas faire valoir leurs droits, ils préfèrent souffrir debout, en silence. Un automobiliste ne cèdera jamais le passage à un confrère qui n'a pas la priorité, question de principe : pas de cadeau entre chauffeurs de boîtes de conserve. Mais le passager d'autobus appartient à une autre espèce. L'automobiliste est coq, le passager est marmotte. L'un est toujours prêt à monter sur ses grands ergots, l'autre se réfugie dans son terrier à la moindre alerte.

Lundi, elle occupe ses deux places dans l'autobus. Le troupeau de siffleux s'est résigné à faire le trajet sur ses pattes, cramponné aux poignées de sécurité. D'ailleurs, il existe une hiérarchie bien établie au sein des passagers. Les premiers embarqués, ceux qui habitent le plus loin en banlieue, ont des droits acquis. Ils trônent fièrement sur leurs banquettes comme la Marquise de Sévigné sur son fauteuil Louis XIV. Les autres, ceux qui grimpent à bord lorsque toutes les places sont déjà prises, sont des manants, des péons. Ils le savent et font preuve de l'humilité naturelle rattachée à leur condition.

Mardi, elle occupe deux places dans l'autobus. Le train-train habituel. Et la voici arrivée à destination. Elle ramasse son sac, qu'elle enfile sur sa large épaule, elle se dresse sur ses deux jambes et elle sourit béatement, comme Pavlov au son de la clochette. Une joie extraordinairement routinière l'attend, sans aucun doute. Elle dévale le marchepied d'un pas lourd et assuré, saute sur le trottoir, et se plante là, devant la portière ouverte, bloquant le passage. Les passagers qui la suivent se faufilent péniblement, sans un mot, sans un couinement, sans un sifflement. Le temps pour elle d'allumer sa cigarette et l'autobus est déjà reparti. Elle jouit de son bonheur sans bien s'en rendre compte, comme l'ivrogne qui regarde sa montre pour constater que minuit est passé, alors qu'il était seulement neuf heures, cinq minutes plus tôt.

Mercredi, la fumeuse occupe encore deux places dans l'autobus, avec son sac. Son sac, c'est plus qu'un marque-place, c'est presque une arme. À vrai dire, la fumeuse est comme ces conducteurs qui ignorent l'existence de leur rétroviseur. Quand elle pivote sur elle-même, la masse de son corps combinée à la formule d'Einstein transforme sa bandoulière en arme de destruction massive. Tout ce qui se trouve sur son orbite est balayé irrémédiablement, particulièrement les objets situés à la même altitude, soit, à peu de choses près, l'altitude d'un comptoir de bistrot. On ne compte plus les tasses de café bien frais emportées par la tornade. Elle les déquille les uns après les autres, tout en leur tournant royalement le dos. Si vous avez l'audace de la renseigner sur les dégâts, elle ne vous croit pas, ou du moins accuse-t-elle les victimes de négligence.

Jeudi, elle est heureuse, encore une fois. Elle a réussi à obtenir sa double place, sans compter la cigarette qui l'attend au bout du trajet. Car rien n'est jamais acquis dans la vie de l'aristocrate du transport en commun. Il suffirait que trois passagers déménagent en banlieue ou que deux automobilistes perdent leur permis de conduire pour que la hiérarchie de la basse-cour soit bouleversée. La vie du passager est pleine d'imprévu, comme la loterie nationale, ce qui la rend tout aussi passionnante.

Jeudi, elle occupe ses deux places dans l'autobus. Mais voilà-t'y pas qu'une petite vieille a embarqué avec le troupeau des péons, et qu'elle peine à s'accrocher à la main courante. A-t-on idée de se mêler au commun des mortels, en pleine heure de pointe, quand on est improductif? Mais le monde est ainsi fait : les Juifs ne voient pas les Palestiniens bombardés à Gaza, les Gazaouites ne s'émeuvent pas des Juifs massacrés à Bombay, et Madame de Sévigné n'aperçoit pas le paysan qui meurt de faim au bord du chemin. Pour la fumeuse, c'est simple: jusqu'à preuve du contraire, la petite vieille n'existe pas.

Seulement voilà. Un autre aristocrate de l'autobus, qui remplit à peine sa place vu sa maigreur maladive — et qui se mêle des affaires des autres — se porte à la rescousse de la pauvre vieille. Il apostrophe la jeune fumeuse et la prie poliment d'offrir à la grand-mère l'espace occupé par le sac redoutable.

La fumeuse agrippe son sac, sans mot dire, et le pose sur ses genoux. Mais elle n'en pense pas moins : le bonhomme est d'autant plus généreux qu'il s'agit pour lui de faire cadeau du bien d'autrui. Car, si les aristocrates des transports en commun s'accordent pour mépriser les péons, ils se jalousent férocement.

Vendredi, elle occupe à nouveau deux places dans l'autobus. Pas de petite vieille. Pas de maigrichon moraliste et à moitié chauve. Les marmottes se pressent, debout, dans l'allée, aveugles, soumises. Bientôt l'heure de la cigarette, en bloquant la sortie. La vie est simple après tout. On a l'impression qu'elle va durer des siècles.

2009-01-04

Le visage des Québécois (2)

Québécois N°1.

Le visage des Québécois des années 1970 et 1980
Dessin de Renaud Bouret
Couleurs de Rié Mochizuki
Décembre 2008

Les Québécois des années 1970 n'ont pas le même visage que leurs parents. Ils n'ont pas le même visage que leurs enfants. Ils ne racontent ni le même vécu ni les mêmes aspirations.

À vous de deviner ce qu'ils font dans leur vie…

Québécois N°2.

Québécois N°3.

Québécois N°4.

Voir d'autres visages de Québécois et de Québécoises.